• Charlie Hebdo sans filtre par Denis Robert

  • Denis Robert, invité spécial de Ce soir (ou jamais !) pour parler des Panama Papers

  • Denis Robert à propos des Panama Papers

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    J’ai vu “Cash Investigation” hier, me suis tapé les flashs des chaînes tout info et le “Grand Soir 3”, je regarde les titres dans les kiosques à journaux… “Panama papiers, l’onde de choc”…

    Comment vous dire? Comment vous dire ce que je ressens sans passer pour un cuistre ou un donneur de leçon? Quand même… Des panaméennes à Panama ?!!! Houlala. Des banques françaises avec des filiales dans les paradis fiscaux ?!!! Houlalalalala…

    Michel Sapin © REUTERS/Philippe Wojazer

    Et Sapin (le ministre, il ressemble de plus en plus à Gorbachev, non ?) qui vient s’émouvoir sur le sort des lanceurs d’alerte. Qu’est ce que tu as glandé mec depuis deux années qu’on t’explique que c’est grave? Qu’est ce que tu as fait pour Antoine Deltour[1]  ? Pour Hervé Falciani[2]  ? Pour Stéphanie Gibaud[3]  ?

    Antoine Deltour

    Hervé Falciani, jeudi 12 février sur RTL.

    Hervé Falciani

    Paris: A whistleblower called Stephanie Gibaud who is a former public ...

    Stephanie Gibaud

    Et — au hasard et en passant — pour moi qui me suis tapé 63 procès pour dénoncer en gros la même chose (off shore, banques françaises avec filiales dans les paradis fiscaux, effacement des traces des transactions, etc) ? Rien mec. Pas bougé le petit doigt. Resté planqué dans ton ministère à user de ta langue de baobab.

    Nicolas Sarkozy a prévu du sang et des larmes pour les Français s'il ...

    Et la droite qui la ferme avec le souvenir précis de son petit roitelet — le Sarkozy — qui nous avait juré craché que c’était fini les paradis fiscaux. Quel connard ! Quel immense connard, gargantuesque, godmansachseste connard !

    Jean-Marie Le Pen prend ouvertement parti pour sa fille

    Et le FN — les poches pleines, les yeux vides — qui nous sort le grand air de la manip. Et Hollande qui fronce les sourcils, pire qu’une marionnette de South Park. Bientôt ce sera Juncker, vous verrez…

    Les journalistes — en tête ceux du Monde — découvrent la Lune. Les politiques nous enfument. Il y a quelque chose de lamentable dans cet embrasement. De réjouissant, quand on voit des types comme Balkany ou Me Claude l’associé fraudeur de Sarkozy fuir les caméras… Mais quand même de lamentable.

    Pourquoi les journalistes ont-ils tant attendu ? Pourquoi les politiques — Hollande en tête avec son foutu discours du Bourget — n’ont-ils pas bougé le petit doigt quand — tiens prenons celle-là — l’affaire Luxleaks est sortie. Rien. Pas un soubresaut.

    Alors, bon. Ne vous étonnez pas si on est debout la nuit. On va bientôt venir vous chatouiller les doigts de pieds. On n’est pas pour les têtes à couper. Limite, le goudron et les plumes. Allez le téléphone sonne, c’est France Infos. Demain Grenoble, les mecs. Pour une conférence à 19h30. Si j’arrive à prendre mon train.

    Il y a Merkel et Hollande à deux pas de chez moi à Metz. Toutes les rues sont bloquées. C’est un peu comme Achille Zavatta et ses fauves. En moins rigolo.

    Notes:

    [1] Antoine Deltour, lanceur d’alerte de l’affaire Luxleaks, poursuivi par la justice Luxembourgeoise.

    [2] Hervé Falciani, lanceur d’alerte de l’affaire des évadés fiscaux de la banque HSBC, arrêté et emprisonné en raison du mandat d’arrêt international suisse.

    [3] Stéphanie Gibaud, lanceuse d’alerte dans l’affaire du blanchiment de fraude fiscale en bande organisée par la banque UBS, placardisée par les entreprises privées et par l’État français après ses révélations.

    Trouvé ici : http://yetiblog.org/index.php?post%2F1725#.VwVDdNrp4yc.twitter

    Et si vous êtes bien énervé, ou simplement d’accord avec ce qui est dis ici, intéressez vous à eux, il ne reste pas beaucoup de temps :

    https://www.nouvelledonne.fr/

    https://collectif-roosevelt.fr/

  • Clearstream Les Dissimulateurs Denis Robert

  • Denis Robert met KO Cleartsream !

  • Denis Robert : « Taxer l’art cher, c’est libérer la création »

    J’entends beaucoup de bêtises et d’inexactitudes en ce moment dans le débat autour de la taxation des œuvres d’art, surtout de la part de membres du gouvernement.

    Certains trouvent que ce n’est pas une bonne idée ; d’autres qu’il faut faire de l’art un espace protégé. De Michel Sapin à Aurélie Filippetti, en passant par Jean-Jacques Aillagon, voire (murmure-t-on) François Hollande, le député socialiste François Eckert, porteur de ce projet de loi, se fait beaucoup d’ennemis depuis qu’il a lancé son idée folle.

    O sacrilège ! O bolchevisme ennemi !

    D’après ce que je lis ça et là, des Echos au Figaro, de Libé aux sites financiers, il n’y a guère que le député UMP Marc Le Fur (qui avait déposé en vain en 2011 un amendement similaire) pour le soutenir. Ce débat brise les lignes politiques. Il souffre de désinformation.

    N’a-t-on pas vu en début de semaine disparaître un zéro dans les articles à propos de cette taxation nouvelle ? A 5 000 euros, c’était effectivement compliqué de créer une taxe. Mais 50 000 euros comme limite, c’est une autre histoire. On ne touche pas les mêmes gens, ni les mêmes sommes. On s’attaque ici aux Porsche Cayenne et aux Ferrari, pas aux vieilles Volvo, comme on a voulu le faire croire.

    Un piège qui sent plus le caviar que la gauche

    Cette désinformation et ce soutien politique, aussi maladroit qu’unanime, me semblent directement liés à l’influence de lobbies puissants et discrets : certains riches galeristes, des antiquaires, des collectionneurs fortunés et les défiscaliseurs professionnels.

    Je n’arrive pas à comprendre comment des élus s’étant battus contre les privilèges sarkozistes, si prompts à dégainer devant les petits héritiers, peuvent tomber dans ce piège qui sent plus le caviar que la gauche. La palme de la mauvaise foi revenant aux marchands de croûtes célestes et à divers petits barons de foires de l’art et du cochon qui s’apprêtent à faire du business la semaine prochaine à la Fiac [Foire internationale d’art contemporain, ndlr] de Paris.

    Une dépêche AFP tombée mardi m’apprend que Guillaume Cerutti, le PDG de la maison d’enchères Sotheby’s, met en garde contre un risque d’« affaiblissement du patrimoine national ». Rien que ça. A ses yeux, la mesure portée par le député Eckert donnerait « un coup fatal au marché de l’art français » :

    « L’instauration d’une taxation supplémentaire aurait des effets négatifs immédiats sur l’activité des galeries, des antiquaires, des maisons d’enchères et des métiers d’art. »

    Le président d’Artprice (base de données sur le marché de l’art), Thierry Ehrmann, et celui de l’Adiaf (Association pour la diffusion internationale de l’art français), Gilles Fuchs (qui représenterait 300 collectionneurs), lui emboîtent le pas : « Nous sommes là pour aider les artistes à éclore », indique ce dernier, toujours à l’AFP.

    Je me suis frotté les yeux en lisant autant d’inepties. Et j’ai bien peur que, compte tenu de ce tir de barrage, les ministres et députés socialistes ne perçoivent pas assez clairement les enjeux de ce combat de chiens et de loups, de trader et de rentiers.

    C’est évidemment une bonne idée !

    Après le journalisme, l’édition et le football, ce milieu de l’art est un territoire que je connais bien. Ses galeristes, ses peintres, ses acheteurs, leur snobisme, leur rapport à l’argent. Pour d’autres, leur intelligence, leur acuité.

    Il y a l’art et le commerce de l’art. Il y a le travail solitaire et parfois halluciné de l’atelier, et le retour à la lumière un soir de vernissage.

    J’ai découvert le prix de mes premières toiles le jour de ma première exposition. 3 800 euros pour une « 100 figure », j’avais trouvé ça cher pour un artiste comme moi. Mais bon, les gens achetaient et j’en avais tellement bavé avant de les sortir (de moi) ces foutues toiles…

    L’idée de taxer les œuvres d’art de plus de 50 000 euros est EVIDEMMENT une bonne idée. Il faut intégrer ces acquisitions à l’ISF. Point barre. Si j’étais ministre, je taperais même à 30 000 euros et je monterais progressivement.

    Ce n’est pas seulement une question de rentrée fiscale, car ces revenus ne représentent pas grand-chose au regard des ventes d’armes ou d’essence. Et pour ceux qui craignent pour leur patrimoine, il suffit que la loi sur la taxation des œuvres d’art démarre en janvier 2013 et ne joue pas sur l’antériorité.

    J’ai lu d’autres arguments du côté des opposants à cette loi. Les galeries auraient besoin de vendre des grosses pièces à 50 000 euros et plus pour faire des expositions de jeunes artistes. Quelle fable ! Au mieux, la stratégie consiste à mettre en vitrine un premier communiant pour épater la galerie. En coulisse, il s’agit surtout de faire du courtage et du deuxième marché. Vendre et revendre des oeuvres connues pour toucher sa com et faire monter les enchères.

    Une bouffée d’oxygène pour le milieu de l’art

    La raison pour laquelle cette loi est une bonne loi est tout autre. Et je suis étonné que les avocats de ce texte ne mettent pas cet argument en avant.

    Taxer les œuvres d’art au-delà de 50 000 euros induirait effectivement un changement de comportement des acheteurs et amènerait une bénéfique bouffée d’oxygène dans ce milieu où beaucoup de créateurs (et de galeristes) crèvent la dalle (ou ferment).

    De plus, contrairement à ce que dit monsieur Sotheby’s, cela ramènerait les acheteurs étrangers en France pour une bonne raison : les artistes français (les vrais, les vivants) seraient plus productifs.


    « Saint Amédée » (acrylique et mixte), une des toiles de Denis Robert, vendue 5 000 euros (Denis Robert)

    Les gros marchands d’art font juste du blé

    Car une loi de ce genre libérerait évidemment la création des artistes vivants. Acheter une toile à 10 000 euros, pour un collectionneur qui est prêt à lâcher 500 000 euros pour un croquis de Basquiat, c’est un Carambar… mais un Carambar qui permet d’acheter de la peinture, du lin et des craies grasses. Et de faire vivre une chaîne d’artisans, du fournisseur de châssis au galeriste.

    Les plus gros marchands d’art sont aujourd’hui anglais (Sotheby’s, Christie’s). Ils ont avec l’activité artistique un rapport… élitiste. J’ai mûri ce mot qui est bien léger en rapport à ce que je pense. « Elitiste ». Ces ogres qui poussent des cris de vierge aujourd’hui n’ont rien à voir avec les galeristes, ces producteurs d’art, qui se bagarrent pour exposer des nouveaux peintres, sculpteurs, photographes. Idem pour les gros sites internet qui vendent des toiles comme on vend des Sicav. Il est comment le Champagne des vernissages chez Artprice ?

    Ces marchands sont devenus de vrais banquiers. Pour eux, comme pour quelques rares galeristes parisiens (voir la petite équipe qui gère la Fiac comme sa chasse gardée), l’art, c’est d’abord de la finance, de l’échange, du business, de la défiscalisation. Un artiste mort vaut et rapporte vingt fois plus qu’un artiste vivant. Ils n’en ont rien à battre de la création. Ils font du blé, du blé et encore du blé…

    Je me demande si je lui le seul à trouver cette idée évidente. Je prends le pari que des artistes contemporains comme Combas, Di Rosa ou même Garouste (pour prendre des figures que j’aime bien) pourraient me rejoindre sur ce terrain. Ils ne touchent rien sur leurs œuvres anciennes qui passent de main en main, sinon un droit de suite de 3%. Leur boulot d’avant sert la spéculation.

    Je glisse en illustration à ce papier rapidement gratté une de mes dernières toiles (vendue 5 000 euros cette semaine à la galerie W Landau Blast, 35 avenue Matignon). La moitié va à mon galeriste. L’autre me revient. Je déclare ces revenus au fisc. Quand j’enlève le matériel et les taxes déjà existantes, il me reste moins de 2 000 euros.

    Avec l’argent, c’est toujours compliqué. Certains vont trouver cette somme énorme. Personnellement, ça me va. J’en vends de plus en plus. J’espère un jour être taxé davantage.

    Avec l’art, on ne sait jamais. Je finirai peut-être par acheter une banque.

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