• Israël menace l’Iran pour mieux contraindre Washington

    JERUSALEM (Reuters) – La rhétorique israélienne autour d’une attaque imminente contre les installations nucléaires iraniennes s’est accentuée cette semaine, mais elle s’adresse à Washington plutôt qu’à Téhéran.

    De nombreuses informations, rumeurs et fuites parues dans la presse ont laissé entendre qu’Israël pourrait passer à l’attaque contre l’Iran avant l’élection présidentielle américaine du 6 novembre.

    Néanmoins, de hauts responsables de l’Etat hébreu, dont le président Shimon Peres et le ministre de la Défense, Ehud Barak, ont assuré qu’aucune décision définitive n’avait été prise. Le gouvernement reste divisé sur le sujet, et l’armée est peu enthousiaste à l’idée de se lancer dans pareille aventure sans le plein soutien des Etats-Unis.

    Mais si dans les prochaines semaines, Barack Obama ne met pas le holà aux velléités israéliennes, Benjamin Netanyahu pourrait se sentir contraint de passer à l’attaque, disent des proches du Premier ministre.

    « Téhéran ne voit pas venir un quelconque bombardement américain et est persuadé que Washington empêchera Israël de passer à l’attaque », analyse un haut responsable israélien sous le sceau de l’anonymat. « Donc Israël voudrait qu’Obama fasse des déclarations publiques plus fortes, que ce soit à l’assemblée générale des Nations unies ou dans un autre forum, qui changeraient le point de vue iranien. »

    Le gouvernement iranien a toujours dit que son programme nucléaire était pacifique, mais les puissances occidentales estiment que Téhéran cherche à obtenir l’arme atomique, ce qui constitue une menace existentielle aux yeux de l’Etat hébreu.

    Benjamin Netanyahu espère rencontrer Barack Obama à l’occasion de l’assemblée générale de l’Onu, fin septembre, et obtenir trois engagements : la promesse que Washington passera à l’attaque si l’Iran ne cède pas ; une date limite rapide pour les négociations avec Téhéran, qui jusqu’ici n’ont pas donné grand-chose et un renforcement des sanctions.

    « Israël dit au président Obama que sauf changement de cap, il ira tout seul. Je crois que Netanyahu est sérieux là-dessus », estime Ehud Yaari, un professeur de l’Institut politique du Moyen-Orient de Washington installé en Israël.

    « UN ACTE DE FOLIE »

    Mais beaucoup en Israël craignent que Benjamin Netanyahu et Ehud Barak ne présument de leurs forces.

    Plusieurs responsables américains n’ont pas caché leur perplexité face au culot des dirigeants israéliens, qui cherchent apparemment à mettre Barack Obama au pied du mur, alors que le scrutin présidentiel est dans moins de cent jours et que sa victoire est loin d’être acquise.

    « Je ne sais pas à quoi ils jouent », souffle un diplomate américain en poste dans l’Etat hébreu. « Une attaque unilatérale d’Israël serait un acte de folie. »

    Néanmoins, jamais Israël n’a affirmé que son aviation, qui manque de bombardiers lourds, pourrait anéantir les installations iraniennes, qui sont lointaines, nombreuses et bien protégées. En réalité, les responsables israéliens jugent que gagner du temps serait déjà un bon résultat.

    « Si nous parvenons à retarder leur programme nucléaire de six, huit ou dix ans, il y a de bonnes chances que le régime (iranien) ne survive pas », a ainsi déclaré un très haut responsable non identifié, probablement Ehud Barak, au quotidien Haaretz. « Donc l’objectif, c’est de retarder. »

    Pour les plus cyniques, l’objectif pourrait tout aussi bien être d’entraîner les Etats-Unis dans une guerre, avec un Barack Obama exposé à une forte pression chez lui en faveur d’Israël.

    En attendant, toutes ces rumeurs et autres fuites ont ravivé l’anxiété dans l’Etat hébreu. On y voit à nouveau de longues files d’attente devant les centres de distribution de masques à gaz. Les marchés financiers spéculent, eux, sur une hausse du prix du pétrole en raison de la menace de guerre.

    « Tout ça dépasse tout ce que j’ai pu voir jusqu’ici », s’étonne Uri Dromi, qui fut le porte-parole de l’ancien Premier ministre Yitzhak Rabin.

    Il taxe Benjamin Netanyahu d’alarmisme inconsidéré et lui reproche d’avoir abimé les relations avec les Etats-Unis.

    « On dirait qu’il a oublié qui est la superpuissance. »

    Baptiste Bouthier pour le service français, édité par Gilles Trequesser

     

    Source : http://tempsreel.nouvelobs.com/monde/20120817.REU3875/israel-menace-l-iran-pour-mieux-contraindre-washington.html

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