• La mort de l’euro ?

    La petite phrase de la chancelière allemande selon laquelle il n’y aurait pas d’eurobonds « de son vivant » a fait le tour des médias avant le sommet européen de Bruxelles. Elle montre une nouvelle facette d’Angela Merkel, qui n’est pas de bon augure pour l’avenir de l’euro.

     

    Angela Merkel ignore le pathos. Son pouvoir, elle le doit à une évaluation froide des risques et à une forme de pragmatisme catégorique qu’il est difficile de distinguer de l’opportunisme. La promesse qu’elle a faite [devant ses partenaires libéraux, le 26 juin] que, « de son vivant », il n’y aurait pas d’eurobonds, ne ressemble pas à un discours de chancelière. Cela semble tout simplement trop extrême, trop tonitruant, et cadre mal avec la distance empreinte de scepticisme qu’elle met entre elle et toute forme de profession de foi. Manifestement, ce discours alarmiste est un signe du vent de panique qui souffle autour d’elle. Car ce que veut et promet régulièrement la coalition noire-jaune (CDU/CSU-FDP) ne permettra pas de résoudre la crise de l’euro.

    Une coalition qui rejette tout ce qui ressemble à une solution. Aux yeux de la chancelière, la crise a des causes simples : l’Espagne, l’Irlande, l’Italie et les autres ne sont pas assez compétitifs et ont accumulé trop de dettes. Lorsque Madrid, Lisbonne et Rome se décideront à vraiment se serrer la ceinture et dérèglementeront les marchés, la crise de l’euro disparaîtra comme par magie. Autrement dit : les membres de l’UE doivent emboîter le pas de l’Allemagne et devenir des pays essentiellement tournés vers l’exportation, avec des marchés flexibles et des salaires modérés.

    Economiquement, c’est une ineptie, mais c’est ainsi qu’Angela Merkel voit les choses depuis des années – elle l’a répété encore mercredi au Parlement. Or, la situation a radicalement changé. En Espagne, l’industrie a vu sa production chuter de 8% en raison de la cure d’austérité imposée. L’Italie est empêtrée dans la récession. Un cercle vicieux menace, fait de coups de rabots et de ralentissements de l’économie. Pendant ce temps, les taux d’intérêt ont grimpé en flèche pour l’Espagne et l’Italie. Or, l’euro ne peut pas fonctionner si l’Allemagne a le droit d’emprunter à 0% quand l’Espagne et l’Italie doivent payer 7% d’intérêts.

    Pour l’heure, l’Allemagne est parvenue à imposer la plupart de ses vues dans l’UE. Angela Merkel a européanisé le plafonnement de la dette à travers le pacte budgétaire. Mais la suprématie allemande vacille. Non pas parce que François Hollande est très à gauche, mais parce que l’intransigeance de Berlin menace de pousser l’Italie et l’Espagne à la ruine. Même des néolibéraux comme le patron de la BCE, Mario Draghi, ou le président de la Commission européenne, José Manuel Barroso, plaident en faveur d’une mutualisation de la dette face à l’imminence du désastre. Mais l’Allemagne fait de l’obstruction. Angela Merkel est de plus en plus seule à Bruxelles.

    La chancelière allemande est déjà revenue plusieurs fois sur sa position dans la crise de l’euro. Toujours sous la pression, toujours trop tard. Et voilà maintenant qu’elle veut jouer les dures. Ce serait la première fois qu’elle préfère l’inflexibilité à la souplesse et au pragmatisme face à une situation. Les conséquences seraient désastreuses : la mort de l’euro.

     

    Source : http://www.courrierinternational.com/article/2012/06/28/dommage-merkel-joue-la-dure

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