• Surtaxe des super-riches : pas de quoi faire pleurer Margot

    « Pauvre petite fille riche »… A l’heure où l’on célèbre Claude François sur toutes les ondes, ce tube des années 60 va se retrouver sur toutes les lèvres. Enfin particulièrement sur celles de ceux qui se sentent visés par l’annonce télévisuelle « fracassante » de François Hollande. Voici que le possible futur Président envisage de taxer à 75% les revenus supérieurs à 1 000 000 d’euros – vous avez bien lu, un million d’euros – par an.

    Notons au passage que, tous comptes faits, le candidat socialiste reste bien en-deçà de son concurrent du Front de Gauche, qui déclare :

    « Au-delà de vingt fois le revenu moyen [360 000 euros selon lui, ndlr], je prends tout. »

    Comme l’ont noté la plupart des commentaires après l’annonce de François Hollande, pour comprendre ce dont il est question, il faut avoir en tête que l’imposition sur le revenus’effectue par tranche : aujourd’hui, cinq tranches de cinq à 41%.

    Il convient donc de distinguer, de ce fait, entre le « taux marginal d’imposition » (c’est-à-dire ce que le contribuable va céder au fisc sur ses derniers euros encaissés) et son « taux moyen d’imposition », à savoir la part de la totalité de ses revenus qui va lui être demandée par ce même fisc.

    Célibataire plus que millionnaire taxé à 48%

    Il a ainsi été calculé (je fais grâce des détails du calcul) qu’un célibataire qui gagne 1 200 000 euros annuels subit aujourd’hui un taux moyen d’imposition de l’ordre de 39% – toutes niches fiscales mises à part ; François Hollande avait déjà annoncé la création d’une tranche supplémentaire d’impôt à 45% au-delà de 150 000 euros annuels. Il vient de rajouter une couche, une deuxième nouvelle tranche de 75% au-delà du million annuel.

    Et ainsi, dans une France présidée par François Hollande, notre célibataire, toujours aussi bien rémunéré, verrait son taux moyen d’imposition passer à 48%. De 39 à 48% donc.

    Autrement dit, aujourd’hui avec la fiscalité telle qu’elle est, il resterait à notre célibataire un revenu annuel de 732 000 euros, soit plus de 60 000 euros par mois. Sous la présidence socialiste, son revenu net ne serait plus que de 660 000 euros annuels (55 000 euros par mois). Une misère…

    Niches fiscales, évasion légale, stock-options…

    Mais foin de ces calculs d’apothicaire, on sait depuis les démonstrations éclairantes de Camille Landais, Thomas Piketty et Emmanuel Saez ( »Pour une révolution fiscale ») et de Thierry Pech ( »Le Temps des riches ») que niches fiscales et évasion fiscale (légale) en tous genres sont passées par là et qu’aujourd’hui, notre célibataire millionnaire, même s’il doit grassement rémunérer son conseiller fiscal, parvient à garder par devers lui quelque 80% de ses revenus, soit à peine 1 million d’euros par an ou, plus prosaïquement, plus de 80 000 euros par mois.

    Et encore, cela ne prend pas en compte ces fameux stock-options (qui permettent d’acquérir des actions de sa société à bas prix le jour venu) ou les attributions d’actions gratuites de ladite société.

    Et encore une bonne part des revenus de notre célibataire venant de placements financiers divers, ceux-ci font l’objet d’un prélèvement forfaitaire bien inférieur à son taux moyen d’imposition « théorique » de l’ensemble de ses revenus. Ce qui ne serait plus le cas si les revenus du capital étaient taxés comme ceux du travail – encore un projet socialiste.

    Le club des super-revenus : 10 000 foyers

    Bref, on aura du mal à faire pleurer Margot sur ces millionnaires éventuellement bientôt surtaxés. Mais au fait, qui sont-ils ? Pas très facile de le savoir. On se reportera avec intérêt à l’ouvrage de Thierry Pech déjà cité. Se référant lui-même à une très intéressante étude de l’Insee [PDF] qui porte sur l’année 2007, l’auteur évalue à 0,01% des Français (5 800 personnes) ceux dont, à l’époque, les revenus dépassaient le million de revenu annuel – -et encore s’agissait-il du revenu dit « imposable », donc après diverses déductions.

    Qu’en est-il aujourd’hui ? On ne sait trop, mais sur la tendance suivie ces dernières années, il est vraisemblable que le club de nos « super-riches » – ceux que l’Insee baptise pudiquement « les plus aisés » – regroupe entre 6 000 et 10 000 foyers soit, faut-il le souligner à nouveau, de 0,01 à 0,015% de la population.

    Et n’ont été évoqués ici que les très hauts revenus. Il faudrait bien sûr y ajouter les très grosses fortunes (autrement dit les patrimoines) qui, selon les études disponibles sont, grosso modo dans les mêmes mains.

    La richesse incarnée par le million d’euros

    Pauvre petite fille riche… Beaucoup de bruit pour rien ? Peut-être pas. D’abord parce que cette barre du million d’euros annuel donne une sorte d’incarnation à ce qu’est un très haut revenu. On est toujours le riche de quelqu’un. C’est ce que montrait un sondage [PDF] publié par Le Journal du Dimanche en octobre dernier, sondage déjà commenté ici. Il apparaissait que :

    • pour seulement à peine un Français sur trois (31%), toutes catégories sociales confondues, être riche signifie disposer d’un revenu mensuel de plus de 5 000 euros ;
    • parmi les ouvriers et les employés, quatre sur dix situent la barre de la richesse à 3 000 euros par mois ;
    • seuls 8% des personnes interrogées placent cette barre au-delà de 10 000 euros mensuels.

    Si la proposition de François Hollande pouvait ouvrir les yeux au plus grand nombre, la lutte contre les inégalités aurait déjà fait un grand pas en avant.

    Reste une question de fond posée par sa proposition : comment réduire les inégalités, à commencer par celles de revenus ? Par l’impôt et la redistribution ou en luttant contre celles-ci en amont, dans la distribution primaire des revenus ?

    Peut-on admettre que, dans un pays riche – plus riche aujourd’hui qu’il n’a jamais été –, certains, quels que soient leur grande intelligence et leurs immenses talents, gagnent plus de 80 000 euros mensuels alors que le Smic n’atteint pas 1 400 euros par mois ? De 1 à plus de 50, une telle échelle des rémunérations a-t-elle un sens quelconque à l’aune de la fameuse « valeur travail » ?

    Recentrage du débat présidentiel

    Et pendant ce temps on querelle, paraît-il, ces assistés paresseux qui se contenteraient d’un maigre RSA ou ces chômeurs fainéants qui refuseraient d’accepter le premier emploi précaire venu !

    On peut regretter que la proposition de François Hollande de surtaxer les super-revenus apparaisse un peu improvisée. Mais elle a un effet politique bénéfique immédiat, à savoir le recentrage du débat présidentiel, qui tournait de plus en plus à la bagarre de cour de récréation, vers un débat central en ces temps de crise : les inégalités et les moyens d’en venir à bout.

     

    Source : http://blogs.rue89.com/sylvain-gouz/2012/02/29/surtaxe-des-super-riches-pas-de-quoi-faire-pleurer-margot-226745

    Un point de vue « assez » different dans le figaro : http://elections.lefigaro.fr/presidentielle-2012/2012/02/28/01039-20120228ARTFIG00672-comment-les-pays-europeens-taxent-les-hauts-salaires.php

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