• En Bulgarie, on se révolte aussi et l’Europe s’en fiche

    On parle plus, en Europe, du Brésil que de la Bulgarie. Pourtant, depuis cinq semaines, les Bulgares sont dans la rue. Contre la corruption, mais pas seulement.


    Lors d’une manifestation contre le gouvernement à Sofia, le 11 juillet 2013 (DIMITAR DILKOFF/AFP)

    Cette nuit, le parlement a été assiégé. Une trentaine de députés et trois ministres s’y trouvaient pour discuter une actualisation du budget, des journalistes étaient aussi présents pour la couvrir. Pendant plus de neuf heures, toutes ces personnes,109 en tout, sont donc restées bloquées dans le Parlement bulgare.

    La foule à l’extérieur criait :

    « Mafia. »

    Ou encore :

    « Démission. »

     

    Ils réclament la démission du gouvernement

    Comme le rappelle notre partenaire Global Voices Online, la contestation massive, qui avait débuté le 14 juin 2013 après la nomination d’un député controversé, Delyan Peevski, à la tête de la sécurité nationale bulgare, a vu augmenter sans relâche le nombre de citoyens qui rejoignent les manifestations quotidiennes dans les rues de la capitale Sofia et des autres villes du pays.

    Si Peevski a aussitôt donné sa démission, les protestataires réclament celle du gouvernement à peine formé et des réformes majeures dans plusieurs domaines.

    Le parti socialiste bulgare et son partenaire au gouvernement, le Mouvement des droits et devoirs (MDD) représentant la minorité turque, ont refusé de céder le pouvoir malgré la contestation, qui revendique en particulier plus de transparence et moins de corruption dans l’administration, une action contre le crime organisé, et la fin du « règne de l’oligarchie ».

    « L’indignation, pas un trait dominant des Bulgares »

    Une riveraine, Iva, nous a écrit pour nous raconter son engagement dans ces manifestations. Elle commence son récit par ces mots :

    « L’indignation n’est pas l’un des traits dominants des Bulgares. »

    Pour elle, le ras-le-bol des Bulgares vient de très loin :

    « Il faut chercher les racines de ce mécontentement pas seulement dans les décisions de ce gouvernement fragile mais dans toutes les années de “transition”, terme désignant les 24 ans de tentatives des gouvernements de passer de l’idéalisme communiste vers la démocratie telle qu’on la connaît des sociétés occidentales. »

    24 ans de déceptions.

    « Moi, je fais partie de ces gens qui, payant leurs factures, ayant leur travail et essayant d’entretenir l’économie vivante, en ont marre de cette situation et surtout, ont refusé de garder silence.

    Nous ne sommes pas les manifestants habituels et payés par les partis, nous sommes ceux qui sont désignés comme la classe moyenne (si elle existe vraiment), ceux qui ont grandi dans ces 24 ans de transition, ceux qui veulent une vie digne pour leurs enfants, ceux qui veulent un gouvernement intelligent, constitué d’experts, pas de groupes privés d’oligarques experts […]. »

    C’est si simple pour une société démocratique et si dur pour une société qui continue à concentrer le pouvoir dans les mains des mêmes politiques qui ont entretenu le communisme dans le pays pendant 44 ans. »

    Elle conclut son témoignage en vantant l’aspect fédérateur du mouvement qui réunit de manière large et sans donner d’étiquettes, dit-elle.

    « On appelle ce mouvement la “Révolution de l’Intelligence”, et jusqu’à maintenant nous ne croyons pas que ce nom ne soit donné en vain – les manifestations continuent, calmes, sans violences (malgré les provocations des parties), vous verrez les sourires des gens, l’optimisme et leur regard bien aiguisé, jugeant ceux qui étaient, qui sont et qui seront au pouvoir dans leur pays… »

    Les « vagabonds bulgares »

    Depuis son témoignage écrit à la fin du mois de juin, pour la première fois, des incidents ont éclaté mardi soir entre policiers et manifestants, faisant redouter un recours à la force pour briser cette prise de parole massive de la société bulgare.

    Dans la nuit de mardi à mercredi, vers 3h30, la police est finalement parvenue à briser les barricades.

    L’une des plus importantes manifestations du mouvement a eu lieu le dimanche 7 juillet, vingt-cinquième jour des manifestations, avec l’objectif défini de remplir les trois kilomètres qui séparent Orlov most (le pont des Aigles), au centre de Sofia, et l’hôtel Pliska.

    Une mer de manifestants remplit les trois kilomètres séparant le rectorat, pont Orlov, de l’hôtel Plskal. (Photo avec l’autorisation de la page Facebook « Du rectorat à l’hôtel Pliska »)

    Une mer de manifestants remplit les trois kilomètres séparant le rectorat, pont Orlov, de l’hôtel Plskal. (Photo avec l’autorisation de la page Facebook « Du rectorat à l’hôtel Pliska »)

    Une page du nom de « Le vagabond bulgare » (« vagabond » est devenu le sobriquet répandu en Bulgarie d’un député socialiste, Hristo Monov, qui avait traité les manifestants de « vagabonds ») a été lancée sur Facebook pour ridiculiser les écarts entre les sources officieuses et l’information officielle.

    « Le pouvoir est effrayé »

    Le journaliste Tony Nikolov a écrit sur l’édition en ligne du magazine Kultura :

    « La manifestation citoyenne de masse devrait être comprise par les autorités comme une question qui mérite une réponse immédiate. Pourtant il n’y a aucune sorte de réponse – plus de vingt jours, qui ont mené à une situation de “parlement assiégé”. »

    « [Le pouvoir] sait qu’il ne résisterait pas à une épreuve de force directe. Il est effrayé. Voilà pourquoi il l’évite à tout prix. Il y aura des excuses, du pardon, des roques, des échanges de places, des décisions, de la montre, des imitations, quelques têtes jetées en pâture à la rue… »

    En février, Boïko Borissov, l’ancien ministre-président avait démissionné après de grandes manifestations contre la hausse des prix de l’électricité. Il s’est exprimé mardi soir pour conseiller à son successeur, Plamen Orecharski, de faire la même chose :

    « J’insiste pour une démission immédiate du gouvernement. C’est la seule façon de calmer les gens. »

    A noter tout de même, dans cette indifférence générale, la réaction de Viviane Reding, commissaire européenne à la Justice, dans un tweet daté du 23 juillet :

    « A Sofia, j’exprime mon soutien aux citoyens bulgares, qui manifestent contre la corruption. »

     Source : http://actuwiki.fr/actu/23294

  • Chercher la cause des causes

    Etienne Chouard est un homme doux, parfaitement en colère. Poil à gratter de la pensée unique, il agace, perturbe, fait réfléchir. Et en attendant, il bosse. C’est le marathon man des salles des fêtes, l’égérie des résistants, le citoyen d’or d’Agoravox. Calomnié, encensé, il ne laisse pas indifférent. C’est probablement qu’il a quelque chose à dire.

    Enseignant l’économie et le droit, à l’occasion du Référendum de 2005, Etienne se plonge dans les textes du projet de Constitution Européenne. Ce qu’il découvre le change à jamais. Depuis, loin des organisations partisanes, il dénonce notre apathie et veut redonner au mot démocratie sa véritable signification. Son credo : une constitution écrite par les citoyens et des représentants tirés au sort.

    Plus d’infos :

    • www.etienne.chouard.free.fr
    Erratum : Le médecin grec auquel se réfère Etienne Chouard n’est pas Herodote mais Hippocrate.
  • Et le Web islandais inventa la Constitution participative…

    Après trois mois et demi de travail, un comité de 25 citoyens islandais a transmis un projet de Constitution participative à leur Parlement. Rédigé en partie via les médias sociaux, le texte doit être examiné par les députés le 1er octobre.

     

     

     

    Un comité de citoyens islandais a remis ce vendredi à la présidente du Parlement un projet de Constitution qui vise à remplacer l’actuelle. Une première  dans un pays où les querelles politiques ont toujours empêché un réexamen général de la Loi fondamentale largement inspirée de celle du Danemark, l’ancien pays de tutelle. Depuis l’indépendance de l’île, en 1944, seuls quelques ajustements ont été apportés au texte.

    Composé de 25 Islandais élus, parmi lesquels des paysans, des professeurs, des étudiants, des membres du clergé, des avocats, etc., le comité a supervisé pendant trois mois et demi l’écriture de la nouvelle Constitution à laquelle ont contribué les citoyens via les médias sociaux.

    Tout est parti de l’indignation des Islandais

    C’est après la désastreuse crise financière de 2008 que l’Islande se lance dans cet ambitieux et innovant processus de révision constitutionnelle. L’effondrement du système bancaire et son impact sur de nombreux secteurs économiques conduisent le pays à remettre en cause les fondements même de son fonctionnement. Indignée, la population réclame une meilleure séparation des pouvoirs exécutif et législatif, davantage de démocratie participative, des garanties pour mieux contrôler les responsables du pouvoir…

    Le 6 novembre 2009, un millier de personnes participent à un « forum national » durant lequel ils expriment leurs opinions sur les valeurs centrales que doit refléter cette nouvelle Constitution. Le 6 avril 2011, un Conseil constitutionnel, créé quelques mois plus tôt, entame ses travaux de révision, à partir des résultats du forum. Des travaux auxquels les quelque 320 000 citoyens islandais sont invités à participer par le biais d’Internet.

    Chaque jour, le Conseil publie sur son site les comptes-rendus de ses discussions. Chacun est invité à commenter ces propositions, à poser des questions, faire des propositions… Même chose sur la page Facebook et le compte Twitter des Sages. Chaque jeudi, les réunions de travail sont ouvertes au public et diffusées en direct sur la chaîne YouTube du comité. « Je crois que c’est la première fois qu’une Constitution est pratiquement écrite sur Internet, a commenté Thorvaldur Gylfason, l’un des membres du Conseil cité par le journal britannique The Guardian. Le public voit la Constitution prendre forme sous ses yeux. »

    Bière gratuite ou enseignement obligatoire du langage des signes ?

    Alors que certains plaisantins proposent d’instaurer la gratuité des glaces ou de la bière, d’autres, plus sérieux, s’inquiètent de la durée des mandats électifs ou proposent de faire de la langue des signes un enseignement obligatoire à l’école. Si toutes les remarques n’ont bien sûr pas été retenues, et si des experts juridiques ont encadré les travaux, les membres du conseil assurent que ces contributions ont eu un impact très positif sur le projet.

    Fruit de cette collaboration, un projet de Constitution de 114 articles, bien sûr disponible sur Internet, qui ouvre la voie à des changements considérables comme le rôle du président de la République, l’équilibre des pouvoirs, la révision du système électoral ou encore la façon dont les ressources naturelles sont utilisées.

    L’avocat Gísli Tryggvason est  l’un des 25 membres du comité. Interrogé par France24.com, il se félicite du travail accompli durant ces trois mois et demi : « Je suis très fier car certains pensaient que l’on n’y arriverait pas. Des milliers de personnes ont participé à la rédaction du texte, ce n’était pas évident à compiler. Et même si, au final, seuls 1 à 2 % du corps électoral ont contribué au projet, j’estime que c’est une réussite. » Bien qu’il ne soit pas « le mieux placé pour répondre », Gísli Tryggvason estime que l’adoption de cette Constitution participative serait « bon » pour son pays.

    Reste que le texte doit être examiné par une commission de députés. Début des travaux : le 1er octobre. Une perspective qui est loin d’enchanter l’avocat. « Pendant 30 ans, les parlementaires n’ont pas été capables d’amorcer un quelconque processus. Ma grande peur est que ce projet ne soit jeté aux oubliettes », estime Gísli Tryggvason, bien décidé à « maintenir la pression » pour que le projet soit accepté. Et d’ajouter, plus radical : « Nous devrions soumettre le texte aux Islandais par référendum avant même que le Parlement ne s’en saisisse. »

     

  • Pour Marianne, le Parti Pirate fait partie des « farfelus »

     

    Il faut apprécier la condescendance. Dans un article consacré aux « partis fantaisistes ou insolites qui s’invitent aux législatives« , le magazine Marianne a classé lundi le Parti Pirate parmi les « quelques farfelus » qui se présentent au suffrage universel. Un terme malheureux s’agissant de la branche française d’un arbre politique qui connaît une forte croissante en Europe.

    Déjà titulaire de deux députés au Parlement Européen, grâce à ses excellents résultats en Suède, le Parti Pirate est aussi présent aux parlements de quatre Länder en Allemagne, et s’affiche avec des intentions de vote situées entre 10 et 12 % au niveau national. Outre-Rhin, le Parti Pirate est devenu ces derniers mois la quatrième force politique du pays.

    Certes, en France, le Parti Pirate est encore loin de connaître le même succès, mais l’organisation qui présente 101 candidats est en ordre de marche et peut espérer s’imposer plus durablement dans le paysage politique s’il obtient les financements publics qui paraissent largement atteignables. Ce serait une erreur de ne pas comprendre que le Parti Pirate est beaucoup plus qu’une lubie d’internautes, mais qu’il s’agit d’un véritable mouvement citoyen de fond qui réclame avant tout une nouvelle représentation démocratique. Dans les pays nordiques, le Parti Pirate s’impose beaucoup plus par ses discours sur la transparence de la vie politique et la participation des citoyens aux décisions qui les concernent, que par son programme de légalisation du partage des oeuvres.

    Même à cet égard, Marianne est méprisant lorsqu’il parle du « dernier dada » des pirates pour évoquer les initiatives prises par la formation contre le vote par internet aux élections législatives. Heureusement que le Parti Pirate est là pour en parler, lorsque l’on sait l’opacité du système. Heureusement qu’il est là pour s’en préoccuper, lorsque l’on sait que sur 178 candidats concernés par l’urne électronique, seuls 5 ont demandé à contrôler le scrutin, dont 4 du Parti Pirate (qui concrètement ne pourront pas le faire).

    Heureusement aussi que le Parti Pirate est là pour parler de la censure sur Internet et pour s’en émouvoir. N’est-ce pas Marianne qui, l’an dernier, avait publié une excellente enquête sur les actions de Nicolas Sarkozy contre la défense de la liberté d’expression sur Internet ?

     

    Source : http://www.numerama.com/magazine/22724-pour-marianne-le-parti-pirate-fait-partie-des-34farfelus34.html

  • René Forget : Lettre aux policiers

    Chers policiers,

    Je suis un des très rares citoyens qui peut vraiment apprécier la difficulté de votre travail. La plupart des citoyens oublient que vous êtes des salariés de la classe moyenne, que vous ragez aussi contre ce gouvernement qui semble corrompu, que plusieurs d’entre vous sont parents d’étudiants et que, si vous avez réussi à convaincre votre progéniture de rester chez vous, vous avez peut-être la lourde tâche d’intervenir auprès de ses amis.

    Je suis un des rares citoyens à vous comprendre parce que j’ai été des vôtres et je suis particulièrement bien placé pour vous dire que l’intégrité d’un homme peut parfois lui coûter cher. Mais, malgré toutes les difficultés que j’ai rencontrées dans ma vie, je suis encore fier d’avoir refusé d’émettre des constats d’infraction pour vitesse alors que je n’étais pas opérateur radar. Je suis fier de ne pas avoir acheté ma permanence d’emploi sur le dos d’honnêtes citoyens que j’aurais fait condamner par nos tribunaux sur la foi d’une preuve frauduleuse. J’en suis fier, car aujourd’hui je peux vous regarder dans les yeux et continuer de regarder les citoyens dans les yeux.

    Je prends ce moment pour vous rappeler que vous jouissez de l’indépendance judiciaire. Ce qui veut dire que vous pouvez exercer votre devoir sans l’influence du gouvernement. La constitution canadienne, la Charte des droits et libertés et tout notre régime de droit vous confère le pouvoir d’être indépendant, de penser par vous-mêmes. Plus encore, l’article 26 du code criminel vous rend criminellement responsable de la force que vous utilisez. Je sais très bien que la situation est tendue et je sais pertinemment que ces policiers jouissent de la présomption d’innocence mais il ne sera pas surprenant de voir un comité de déontologie policière devoir examiner l’utilisation de la force qui a été employée par l’agent 728 qui poivre, à 3 reprises, un citoyen qu’elle tutoie alors que celui-ci la questionne sur ses motifs d’avoir eu recours à une arme intermédiaire et ce, en la vouvoyant.

    Pas surprenant, non plus, que le policier qui tire une balle de caoutchouc bleue en disant : « dans les fesses mon calisse » devra nous expliquer pourquoi il éprouve autant de plaisir et de satisfaction à l’emploi de cette force et pourquoi, si le belligérant reçoit un projectile dans les fesses, semble-t-il que le policier l’ait tiré dans le dos. Quant à moi, une des personnes qui a le plus à répondre c’est l’agent Alain Bazinet de la Sûreté du Québec qui invoque l’art. 31 du code criminel pour identifier des citoyens. À moins que le droit ait changé depuis mon époque, le pouvoir d’identifier quelqu’un, même dans le cas de l’art. 31 est accessoire au pouvoir de dénoncer ce citoyen devant les tribunaux (soit par son arrestation ou l’émission d’un constat). Le peuple du Québec attend toujours de savoir pour quel motif, ces citoyens ont été interceptés et je me demande sérieusement s’ils n’ont pas été identifiés de façon arbitraire.

    Ce ne sont là que quelques exemples difficiles. Vous faites votre travail, qui est déjà complexe et vous le faites dans un climat social difficile, néanmoins ce sera chacun de vous qui aura à répondre de ces gestes devant vos pairs plus tard, pas le gouvernement, pas le ministre, vous. Je vous en conjure gardez la tête froide.

    Nous traversons une ère tragique où nos politiciens semblent corrompus, leur décisions semblent toujours les avantager de façon pécuniaire, le copinage et les liens avec le crime organisé semblent clairs. Les médias semblent être contrôlés par les corporations amies de l’état et nos dirigeants semblent au-dessus des lois. Non seulement ne répondent-ils pas, pendant plus de deux ans, à nos demandes lorsqu’on exige une commission d’enquête sur la corruption mais ils édictent la Loi 78 pour régler un conflit. Une loi spéciale pour régler un conflit dans lequel toutes les options pacifiques n’ont pas été explorées. C’est scandaleux même pour ce gouvernement aujourd’hui abonné aux scandales.

    J’entends beaucoup de monde dire ces temps-ci « c’est une loi, votée par l’assemblée nationale, nous ne sommes pas d’accords mais nous devons y obéir » et vous, agents de la paix, cette loi doit vous lever le coeur aussi (n’oublions pas que si le droit de manifester est cher à un groupe de travailleurs, il est cher à nos policiers). Doit-on obéir à cette loi? Que feriez-vous si un gouvernement édictait une loi qui vous demande d’arrêter et de détenir tous les roux que vous croisez? Que feriez-vous si cette loi vous demandait de tirer à vue sur chaque personne pesant plus de 150kg? Vous refuseriez d’appliquer cette loi-là, tout simplement. Le droit d’association et le droit d’expression ne sont peut-être pas aussi précieux que le droit à la vie mais cette loi soulève des passions.

    Le Barreau du Québec a condamné cette loi-là, les plus grands docteurs en droits l’ont condamnée, plus de 500 avocats ont offert leur science et leur talent afin de prêter main forte aux étudiants pour contester cette loi-là, le juge Gomery, des recteurs d’université, bref, plusieurs cerveaux, plusieurs sommités en droit sont d’avis que certaines dispositions de la Loi 78 sont contraires à la Charte, soit parce qu’elles limitent ou annulent un droit garanti par cette charte, soit parce qu’elle attaque les principes d’indépendance entre le judiciaire, le législatif et l’exécutif. Vous avez donc des motifs raisonnables de croire qu’on vous demande d’appliquer une loi ultra-vires. Je vous rappelle que vous êtes responsable de la force que vous utilisez.

    Appliquer cette loi sans prudence, en s’aveuglant aux brèches que son application pourrait causer aux droits et libertés des individus, pourrait un jour être jugé comme un abus de pouvoir. Je vous rappelle, encore une fois, que vous avez une indépendance judiciaire et que vous pouvez unilatéralement prendre des mesures que vous jugez nécessaire pour assurer la protection des citoyens. Vous devriez faire preuve de réserve, et demander l’autorisation de la cour supérieure avant d’appliquer cette loi. Vous devriez annoncer que vous attendrez que la légalité de cette loi vous soit confirmée AVANT de l’appliquer. Ne laissez pas l’incompétence de ce gouvernement vous éloigner des principes que vous avez juré de défendre.

    Personne, personne, personne ne pourra jamais vous reprocher d’avoir été prudents.
    La polarisation de la population démontre bien que les objectifs coercitifs visés par cette loi ne sont pas atteints, au contraire. Si cette loi fait quoi que ce soit, c’est d’augmenter la grogne et la tension sociale et donc le danger de dérapage de part et d’autre.

    Vous êtes les gardiens de la paix, de l’ordre et de la primauté du droit. Annoncez dès maintenant que vous attendrez le feu vert de la Cour avant d’appliquer cette loi et je suis convaincu que les manifestant vous fourniront leur itinéraire de façon volontaire, juste pour démontrer leur bonne foi.

    Vous avez juré défendre le droit et la justice et ce, même au risque de votre vie. Faites le premier pas, retirez vos casques et vos matraques rengainez votre poivre et vos balles de caoutchouc et non seulement les manifestants collaboreront avec vous mais des gens comme moi, des artistes, des travailleurs, des baby-boomers, nous serons nombreux à rejoindre notre jeunesse et faire notre part pour éviter les dérapages.
    Vous êtes la police. Vous êtes là pour régler les conflits que le citoyen ne peut gérer seul. Depuis le temps que je vous entends parler de police communautaire, de police de proximité, il est temps de vous montrer à la hauteur de vos aspirations sociales.

    Tendez la main aux étudiants, négociez une trêve, réussissez là où le gouvernement a échoué.
    Vous êtes la police, vous devez être calme quand on s’énerve, fort quand on tombe, souple quand on se raidit, vous devez nous écouter, nous rassurer, nous guider. Vous devez nous protéger, parfois même contre nous-même.

    Vous avez juré de nous protéger et nous servir, le climat de tension sociale ne nous sert pas, la perte de nos droits et libertés ne nous sert pas et nous en sommes rendus au point où nous avons besoin que vous nous protégiez de notre gouvernement qui se comporte de façon cupide, perfide, mesquine, confrontationnelle et abusive envers nous.

    Soyez les héros dont nous avons besoin, prenez exemple sur vos confrères de Francfort. Vous êtes notre dernier espoir pour une sortie de crise pacifique.

    René Forget

     

    Source : http://quebec.huffingtonpost.ca/rene-forget/police-quebec_b_1546476.html?ref=cbv

  • Interdites par Madrid, trois télévisions « indignées » passent dans la clandestinité

    Le gouvernement régional de Madrid tente de fermer trois télévisions associatives locales, pourtant protégées par la loi sur l’audiovisuel. Leur ton dissident, leur clair soutien au mouvement des « Indignés » et leur audience en forte progression ne plaisent pas. Tout en livrant une bataille juridique et politique, les télévisions ont décidé d’émettre à partir d’un lieu tenu secret.

     

     

    L’Athénée Républicain de Vallecas, le quartier historiquement « rebelle » de Madrid, de tradition ouvrière et communiste, est plein à craquer ce mercredi 16 mai à 20h. Les directeurs respectifs de trois chaînes de télévision locales à but non lucratif – Tele K, Canal 33 et Solidaridad TV – y ont convoqué une assemblée citoyenne. Le gouvernement régional de Madrid, dirigé par Esperanza Aguirre, affiliée au Parti populaire (PP, droite) vient de prendre la décision de leur interdire d’émettre depuis l’édifice Torre de Valencia où elles sont hébergées depuis des années. Sur le site de Tele K, une mire « Off line » s’affiche, pour la première fois en 19 ans.

    Des concessions pour les amis du pouvoir

    Ces télés sont jugées illégales par le gouvernement régional qui profite d’une faille juridique, les trois télés locales ne bénéficiant plus des concessions administratives ad-hoc. Celles-ci ont été attribuées en 2005 par ce même gouvernement, de façon arbitraire. Selon Enrique Riobóo, directeur de Canal 33, le gouvernement régional a favorisé un petit cercle de « pistonnés » proches du pouvoir.

    C’est le cas de l’opérateur de TDT Teledifusión Madrid, qui fait partie du « cluster » audiovisuel du réseau Madrid Network. Un « partenariat public-privé » à la mode actuellement, chapeauté par le gouvernement de Madrid, la Chambre de commerce et… la Confédération des chefs d’entreprises, clairement opposée aux mouvements pacifistes de contestation. Lors de la répartition des licences, les trois télés « solidaires » sont restées sur la touche pour des raisons encore floues, le secrétaire général du Conseil du Gouvernement de la Communauté de Madrid n’ayant pas donné suite à nos demandes d’interview.

    Menace de lourdes amendes

    Le Sénat espagnol est cependant intervenu en 2007, amendant la loi qui protège les télévisions communautaires existantes, comme c’est le cas avec Tele K, Solidaridad TV et Canal 33. Problème : le précédent gouvernement du PSOE (Parti socialiste espagnol) n’a pas pris la peine de rédiger le décret subordonné à l’application de cette loi avant de quitter le pouvoir. C’est dans cette faille juridique que les conservateurs madrilènes se sont engouffrés pour faire taire les trois télés locales.

     

     

    S’il y a débat juridique, il n’y a pas de dossier pénal contre les télés locales. Aussi, le gouvernement d’Esperanza Aguirre s’en prend directement à la communauté de propriétaires de la Tour de Valence, l’édifice qui abrite les télévisions, qu’elle menace d’une amende de 30 000 euros par jour si celle-ci s’obstine à héberger les équipements de diffusion des émissions présumées illégales. La date du démantèlement des équipements de diffusion n’a pas été confirmée.

    Émettre dans la clandestinité

    Puisque le gouvernement local a le pouvoir d’attribuer les concessions, pourquoi ne pas laisser Tele K, Solidaridad TV et Canal 33 déposer une requête pour l’obtenir ? Pour Enrique Riobóo et Paco Pérez (directeur de Tele K), la décision de fermer les télés locales est politique et non technique… « La TNT a été une belle arnaque, s’insurge Enrique Riobóo. Elle était sensée encourager la pluralité des canaux et nous sommes les premières victimes de restrictions arbitraires ! ». Depuis l’émergence du mouvement 15-M, le mouvement des Indignés espagnol, l’audience des trois télés locales a augmenté de façon exponentielle.

    Leur ton critique envers le gouvernement d’Esperanza Aguirre et leurs images montrant l’ampleur réelle du mécontentement du peuple espagnol semblent avoir attiré les téléspectateurs. « Depuis la Tour de Valence, les télés locales peuvent atteindre pas moins de 6 millions d’auditeurs potentiels », fait remarquer Pedro de Alzaga, directeur adjoint de Cuarto Poder (« Quatrième pouvoir »), un autre média alternatif espagnol.

    Citoyens et donateurs à la rescousse

    Harcelés et asphyxiés économiquement, les trois télés locales ont décidé de réagir avec l’appui des mouvements sociaux du 15-M. Tele K et Canal 33 unissent leurs forces et leurs moyens pour continuer à diffuser leurs émissions depuis un lieu gardé secret. Les trois télés s’apprêtent à déposer une requête auprès des tribunaux pour que la Loi générale sur l’audiovisuel qui les protège soit reconnue et que la fermeture des émissions soit annulée. Voilà pour la résistance juridique.

    La mobilisation citoyenne est également de mise : l’assemblée de Vallecas appelle à une manifestation pour le 29 mai. Les auditeurs se cotisent pour donner un peu d’oxygène aux équipes audiovisuelles (en 2011, les dons spontanés ont atteint la somme de 38 000 euros). L’autre objectif est de diffuser largement leur lutte auprès du grand public, des groupes parlementaires espagnols, des associations de presse, mais aussi d’organismes européens (les avocats des trois télés locales étudient la possibilité de permettre aux citoyens de déposer une plainte auprès des instances européennes).

    Journalistes agressés

    Tele K, Canal 33 et Solidaridad TV comptent sur l’appui des réseaux sociaux et celui des indignés de toute la planète pour dénoncer un cas manifeste d’atteinte à la liberté d’expression dans un état européen sensé être « démocratique ». Dans un contexte où les tentatives de censure contre la presse se multiplie.

     

     

    Mi mai, le photographe Javier Zurita de l’agence de presse allemande Laif, a été agressé physiquement par des policiers alors qu’il couvrait un rassemblement à la Puerta del Sol. Javier Bauluz, du magazine on-line Periodismo Humano, a été frappé au visage par des policiers alors qu’il couvrait une expulsion de logement. Bienvenue dans l’Europe de l’austérité démocratique !

    Photo : © Javier Bauluz

     

    Source : http://www.bastamag.net/article2404.html

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