• USA: la Fed irait à sa perte en injectant de nouvelles liquidités

     

    WASHINGTON – La banque centrale des Etats-Unis (Fed) courrait à sa perte si elle décidait d’injecter de nouvelles liquidités par le biais de rachats supplémentaires de titres financiers sur les marchés, a déclaré mardi un de ses dirigeants, Richard Fisher.

    A mon sens, ce serait un chemin de perdition pour la Réserve fédérale, a déclaré M. Fisher, selon le texte, d’un discours qu’il a prononcé à l’Université de Saint Andrews, en Ecosse.

    Pour M. Fisher, président de l’antenne de la Fed à Dallas, au Texas (Sud des Etats-Unis), le marché exprime une crainte persistante: celle que la Fed ait déjà porté son bilan à son point d’extension maximal.

    La stratégie de sortie de crise, aussi bien construite soit-elle, reste théorique et n’a pas été soumise à l’épreuve de la réalité, ajoute le texte de son discours.

    Si nous devions suivre la voie d’un nouvel assouplissement monétaire à ce stade, non seulement nous ne stimulerions en rien l’investissement et la consommation, mais en plus nous serions perçus comme complices du laxisme budgétaire du Congrès, a-t-il dit faisant référence à l’endettement sans cesse croissant de l’Etat fédéral, et qui atteint désormais 100% du PIB américain.

    La Fed a injecté 2.300 milliards de dollars dans le circuit financier depuis fin 2008 en rachetant des obligations du Trésor américains et des titres émis par les organismes de refinancement hypothécaire parapublics.

    Pour M. Fisher, l’essentiel de ces fonds dorment actuellement et sont incapables de stimuler l’économie car nous n’avons aucune idée de la direction que prendra la politique de fiscalité et de dépenses publiques de l’Etat fédéral.

    Cette incertitude, ajoute-t-il, est renforcée par l’attente de la décision de la Cour suprême concernant la réforme de l’assurance-santé adoptée en 2010.

    Aucune entreprise ne peut prévoir ses coûts de personnel tant que ce cas n’a pas été tranché, fait-il valoir, alors que la Cour doit dire d’ici à la fin du mois si elle invalide ou non cette loi.

    Depuis la publication, vendredi, de mauvais chiffres de l’emploi pour mai aux Etats-Unis, alors que le monde s’inquiète des difficultés de l’Europe, les spéculations vont bon train sur le fait que la Fed pourrait décider d’injecter de nouvelles liquidités dans l’économie, lors de la prochaine réunion ordinaire de son Comité de politique monétaire (FOMC), prévue pour les 19 et 20 juin.

    A l’occasion d’une audition devant la Commission économique mixte du Congrès, le président de la Fed, Ben Bernanke, pourrait donner jeudi une idée de l’évolution possible de la politique de la banque centrale.

    (©AFP / 05 juin 2012 20h27)

  • QUAND LA BCE MET L’EUROPE ET LES BANQUES SOUS ASSISTANCE RESPIRATOIRE

    DECRYPTAGE La Banque centrale européenne vient insuffler une nouvelle dose d’oxygène dans la zone euro avec ses prêts quasi-gratuits aux banques. Depuis décembre dernier, plus de 1.000 milliards d’euros auront ainsi été injectés. La Bourse pavoise. Jusqu’à quand ?

     

     

    Ce mercredi 29 février, les banques ont été encore plus nombreuses qu’en décembre dernier à se présenter au guichet de la Banque centrale européenne (BCE) pour bénéficier de la seconde opération de LTRO en quatre mois. Elles auraient eu tort de ne pas en profiter : en échange du dépôt de créances de toutes sortes, 800 établissements européens ont ainsi pu obtenir une partie du « prêt » de 529,5 milliards d’euros sur trois ans qui leur a été accordé au taux imbattable de … 1%.

    Cette opération arrange tout le monde. Tout d’abord, les banques qui se débarrassent de créances et reçoivent un cash quasi-gratuit qu’elles peuvent réinvestir sur des actifs plus rémunérateurs. Elle arrange aussi la BCE, qui ne peut pas créer de la monnaie ex-nihilo, comme le fait depuis des années la Banque fédérale américaine (Fed). Et qui recours, à travers cette opération financière, à un stratagème, qui ne trompe personne. « Le LTRO réintroduit du «carburant» dans les marchés à l’instar des opérations de quantitative easing (QE) menées par la Fed outre-Atlantique » explique d’ailleurs Jean-Louis Mourier, économiste et stratégiste chez Aurel BGC.

    Le chirurgien Draghi branche l’oxygène

    Toutes les autorités bénissent cette opération. Mario Draghi, le président de la BCE, a d’ailleurs invité les banques à utiliser son guichet en leur rappelant qu’il n’y avait « pas de honte à recourir à cette facilité à trois ans ». On ne voit pas pourquoi les banques se priveraient : pour Frank Oland Hansen, senior economist à la Danske Bank, « c’est une tellement bonne affaire que beaucoup de banques demanderont des montants importants ».

    Qu’en feront-elles ? Elles devraient presque aussitôt réinvestir ces sommes en valeurs boursières, en obligations des états les plus solides (Allemagne, Danemark, Suède…) et en prêts à des fonds d’investissements, qui les investiront eux-mêmes en bourse et sur les cours du pétrole, de l’or ou d’autres matières premières.

    La finance apprécie ce dopage, mais…

    La première vague de LTRO a montré que cette bouffée d’oxygène n’a pas vraiment ranimé le patient. Elle a surtout gonflé la valeur de tous les actifs liquides (et donc financiers) et ne s’est pas investie, comme l’espérait la BCE, dans les actifs réels, comme le financement des entreprises ou même l’immobilier, qui se bloque peu à peu depuis la fin de l’année dernière. Du coup, certains actifs ont connu des hausses spectaculaires, alors que rien dans la situation ne justifiait une telle envolée. Tous sont des actifs financiers, que l’ont peut récupérer facilement en cas de retournement, ce qui en dit long sur le degré de confiance de ces investisseurs.

    Ainsi, depuis janvier, l’or (à 1.760 dollars l’once) a gagné 13%, le Dax allemand (à 6850 points) +16%, le CAC 40 (à 3.437 points) + 8% et le Brent de la mer du Nord +15% (à près de 123 dollars). Cet argent s’est aussi investi à flot sur les obligations d’état. Offrant des rendements élevés, ils permettent en effet de réaliser un profit élevé et immédiat… lorsqu’on emprunte le capital à 1% et qu’on peut le réinvestir à 7% (dette italienne) ou à 3,3% (dette française). Encore que 7 et 3,3% étaient les taux observés en début d’année. Devant l’afflux de capitaux, les taux des obligations italiennes et françaises ont baissé à 5 et 2,91%. Ce qui a dopé les cours et permis à nos investisseurs de grosses plus-values.

    Il n’y a pas de raison que cela s’arrête : avec cette deuxième vague de LTRO, ce sont plus de 1.000 milliards d’euros qui auront été injectés dans l’économie européenne en six mois. Et tous les grands pays s’y mettent ou s’y sont déjà mis : les Etats-Unis ont déjà injecté 2.400 milliards de dollars dans leur économie, le Royaume-Uni l’équivalent de 390 milliards d’euros, le Japon l’équivalent de 300 milliards d’euros et même 600 milliards si on prend en compte les opérations de LTRO de la Banque du Japon).

    … gare au risque de stagnation de l’économie

    Même Pékin a abaissé le montant que les banques doivent bloquer pour obtenir des liquidités auprès de la Banque de Chine. Au total entre 3 et 4.000 milliards d’euros supplémentaires en circulation : la plus grande vague de création monétaire qu’ait connu le monde depuis la « relance » japonaise de la fin des années 80. Pour mémoire, elle avait plongé l’archipel dans la stagnation économique doublée d’un taux d’endettement national supérieur à 250%.

    « Nous avons simplement repoussé un peu plus loin la crise » pronostique l’économiste Harry Dent (« The crisis ahead »), qui avait prévu le krach de 2008. Mais la vraie question, c’est combien de temps faudra-t-il avant que cette injection de monnaie ne conduise à une augmentation l’inflation ? L’Allemagne a apporté un début de réponse : elle vient d’annoncer pour février une augmentation des prix à la consommation de 2,4% en rythme annuel, une progression plus forte que celle prévue jusqu’alors par les économistes…

     

    Source : http://www.challenges.fr/economie/20120228.CHA3653/quand-la-bce-met-l-europe-et-les-banques-sous-assistance-respiratoire.html

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