• A Herstal, les supermarchés doivent donner les invendus aux démunis

    C’est une première à Herstal, en région liégeoise. La Ville a imposé à un grand magasin carrefour d’offrir ses invendus encore consommables aux plus démunis. Cette obligation est inscrite dans le nouveau permis d’environnement qui vient d’être accordé à la grande surface. Herstal l’imposera systématiquement à l’avenir. Son bourgmestre, l’eurodéputé Frédéric Daerden, vient d’interpeller la commission européenne sur la possibilité d’une application au niveau européen et son parti, le PS, a déposé une proposition en ce sens au niveau wallon. Ce qui ravit les associations d’aide aux démunis.

    Des aliments encore consommables qui finissent à la poubelle. Un gaspillage évident. Herstal, commune dirigée par l’eurodéputé Frédéric Daerden, a voulu agir. Le nouveau permis d’environnement accordé au magasin carrefour local lui impose d’offrir ses invendus aux plus démunis.

    « Il y a eu tout un débat par rapport aux aides alimentaires et au budget européen consacré à cela » explique Frédéric Daerden. « Et j’ai été en contact avec les banques alimentaires qui ont insisté sur les besoins importants toujours croissants et sur le manque de moyens dont ils disposaient ».

    L’idée est de généraliser cette mesure

    « Lorsque nous aurons d’autres demandes de renouvellement du permis d’environnement d’autres moyennes ou grandes surfaces, l’idée évidemment est d’imposer la même mesure » poursuit le bourgmestre. « Et je suis agréablement surpris du nombre d’échos positifs et de demandes de renseignements de collègues d’autres villes et communes pour pouvoir transposer cela dans leur commune ».

    Une obligation qui ravit les associations d’aide aux démunis

    Étendre l’obligation d’offrir les invendus aux plus démunis? La banque alimentaire de Liège applaudit évidemment. « Il faudrait que ça fasse tâche d’huile, c’est ce qu’on espère parce qu’on a de moins en moins de marchandises » constate Claude Demelenne, responsable du dépôt de Rocourt. « A Herstal, nous avons deux grosses associations, « La Cordée » et « Espoir et Fraternité » et on déciderait qu’une semaine, une association irait chercher les invendus, et l’autre la semaine suivante ».

    Au total, le dépôt de la banque alimentaire de Liège dessert 86 associations, soit quelque 18.600 démunis.

    Source : http://www.rtbf.be/info/regions/detail_a-herstal-les-supermarches-doivent-donner-les-invendus-aux-demunis?id=7803622

  • USA: la Fed irait à sa perte en injectant de nouvelles liquidités

     

    WASHINGTON – La banque centrale des Etats-Unis (Fed) courrait à sa perte si elle décidait d’injecter de nouvelles liquidités par le biais de rachats supplémentaires de titres financiers sur les marchés, a déclaré mardi un de ses dirigeants, Richard Fisher.

    A mon sens, ce serait un chemin de perdition pour la Réserve fédérale, a déclaré M. Fisher, selon le texte, d’un discours qu’il a prononcé à l’Université de Saint Andrews, en Ecosse.

    Pour M. Fisher, président de l’antenne de la Fed à Dallas, au Texas (Sud des Etats-Unis), le marché exprime une crainte persistante: celle que la Fed ait déjà porté son bilan à son point d’extension maximal.

    La stratégie de sortie de crise, aussi bien construite soit-elle, reste théorique et n’a pas été soumise à l’épreuve de la réalité, ajoute le texte de son discours.

    Si nous devions suivre la voie d’un nouvel assouplissement monétaire à ce stade, non seulement nous ne stimulerions en rien l’investissement et la consommation, mais en plus nous serions perçus comme complices du laxisme budgétaire du Congrès, a-t-il dit faisant référence à l’endettement sans cesse croissant de l’Etat fédéral, et qui atteint désormais 100% du PIB américain.

    La Fed a injecté 2.300 milliards de dollars dans le circuit financier depuis fin 2008 en rachetant des obligations du Trésor américains et des titres émis par les organismes de refinancement hypothécaire parapublics.

    Pour M. Fisher, l’essentiel de ces fonds dorment actuellement et sont incapables de stimuler l’économie car nous n’avons aucune idée de la direction que prendra la politique de fiscalité et de dépenses publiques de l’Etat fédéral.

    Cette incertitude, ajoute-t-il, est renforcée par l’attente de la décision de la Cour suprême concernant la réforme de l’assurance-santé adoptée en 2010.

    Aucune entreprise ne peut prévoir ses coûts de personnel tant que ce cas n’a pas été tranché, fait-il valoir, alors que la Cour doit dire d’ici à la fin du mois si elle invalide ou non cette loi.

    Depuis la publication, vendredi, de mauvais chiffres de l’emploi pour mai aux Etats-Unis, alors que le monde s’inquiète des difficultés de l’Europe, les spéculations vont bon train sur le fait que la Fed pourrait décider d’injecter de nouvelles liquidités dans l’économie, lors de la prochaine réunion ordinaire de son Comité de politique monétaire (FOMC), prévue pour les 19 et 20 juin.

    A l’occasion d’une audition devant la Commission économique mixte du Congrès, le président de la Fed, Ben Bernanke, pourrait donner jeudi une idée de l’évolution possible de la politique de la banque centrale.

    (©AFP / 05 juin 2012 20h27)

  • Chypre évoque un possible recours à l’UE, qui écarte un plan de sauvetage

     

    Nicosie (awp/afp) – Des responsables chypriotes évoquent un possible recours à un plan de sauvetage de l’UE pour secourir les banques de l’île très exposée à la dette grecque, une idée balayée par la Commission européenne, « confiante » dans le fait que Nicosie « va surmonter les défis ».

    Le gouverneur de la Banque centrale de Chypre, Panicos Demetriades, a affirmé que son pays, en récession, n’était pas loin d’une demande d’un plan de sauvetage pour faire face à l’impact de la crise grecque sur son système bancaire.

    Le pays est à « un moment important, crucial », a souligné au Financial Times M. Demetriades, nommé en avril.

    Il a admis qu’avec la fin juin comme délai pour obtenir au moins 1,8 milliard d’euros pour recapitaliser la Marfin Popular Bank, deuxième banque du pays et la plus exposée à la dette grecque, un recours à l’UE était plus probable.

    Pour recapitaliser cette banque, priée par les autorités financières européennes de renforcer son capital, le gouvernement a accepté de souscrire à l’émission de nouvelles actions.

    M. Demetriades n’a toutefois pas exclu d’autres possibilités, comme des fonds du secteur privé ou des prêts d’autres pays. Moscou a déjà prêté 2,5 milliards d’euros à Chypre pour l’aider face à des échéances de dette.

    Une solution temporaire serait de repousser l’échéance de juin de plusieurs mois. Nicosie est actuellement en discussions avec les autorités européennes pour la repousser jusqu’à fin août, selon M. Demetriades.

    Le président chypriote Demetris Christofias n’avait pas non plus exclu vendredi que le pays ait recours au Mécanisme européen de stabilité (MES), le fonds de sauvetage de la zone euro mis en place pour aider les pays les plus vulnérables.

    L’économie chypriote, déjà en récession en 2011 (-0,7%), s’est encore contractée de 1,4% au premier trimestre 2012 par rapport à la même période de l’année précédente, selon des chiffres officiels. Il s’agit du quatrième trimestre consécutif sans croissance.

    Selon les prévisions du ministère chypriote des Finances, le PIB devrait reculer de 0,5% en 2012. Mais la Commission européenne est encore plus pessimiste, tablant sur une baisse de 0,8%. Le taux de chômage a pour sa part atteint 10,1% en avril.

    Pour autant, la Commission européenne a balayé l’idée d’un plan d’aide en faveur de Chypre, à moins d’un mois du début de la présidence chypriote de l’Union européenne.

    « Nous sommes confiants dans le fait que Chypre va surmonter les défis auxquels il est confronté », a affirmé lundi Olivier Bailly, un porte-parole de la Commission européenne, interrogé sur un éventuel besoin d’aide du pays. « Bruxelles est en contact étroit avec Chypre ».

    Dans ses recommandations annuelles publiées la semaine dernière, la Commission européenne a affirmé que Chypre était confrontée à « des défis multi-dimensionnels ».

    « Le secteur bancaire souffre d’une grande exposition à la Grèce, le secteur privé comme le public, et doit lever de nouveaux capitaux », a indiqué la Commission.

    Elle a souligné que Chypre n’avait appliqué « que partiellement » de précédentes recommandations et que Nicosie devait améliorer ses finances publiques, recapitaliser ses banques, réformer les marchés du travail et des services, les systèmes de retraite et de santé, ainsi que le secteur énergétique.

    Tout en notant que l’île a adopté une série de mesures d’austérité, la Commission estime qu' »en dépit de ces efforts, Chypre connaît des déficits considérables et persistants de ses comptes courants, une importante dette accumulée du secteur privé, une hausse des déficits annuels des finances publiques et une grande exposition du secteur bancaire à la Grèce ».

    Elle recommande l’adoption de nouvelles mesures pour une correction durable de son déficit budgétaire, notamment en contrôlant mieux les dépenses publiques, en améliorant le système d’imposition et la lutte contre l’évasion fiscale.

    fah

    (AWP / 04.06.2012 18h10)

  • Le Québec est le premier pays riche à prendre massivement conscience

     


    Monsieur le Premier ministre, je vous fais une lettre que vous ne lirez pas, quand bien même vous en auriez le temps.

    Il y a dix ans, on m’a fait venir à l’Université de Montréal pour contribuer à l’excellence en enseignement et en recherche en bio‐informatique, un domaine émergent particulièrement important pour la médecine moléculaire. Pour me faire quitter mon poste de directeur de recherche au CNRS en France, on m’a offert une chaire de recherche du Canada, qui non seulement me fournissait des fonds pour effectuer mes recherches, mais aussi une prime de 30 000 $. Mieux encore, le gouvernement du Québec m’a exonéré d’impôt provincial pendant les cinq premières années. J’aurais dû me méfier, mais les scientifiques sont fort naïfs. Comment considérer qu’un gouvernement est sérieux dans son support à l’université quand il exonère d’impôts les plus riches, mon salaire étant en effet d’environ 100 000 $ ?

    En fait, ces considérations financières avaient peu d’importance. L’excellence universitaire, exercice humain très demandant et très délicat, nécessite avant tout un cadre favorable. J’étais donc attiré par un environnement de recherche humainement riche au département de biochimie, et par le Québec, un pays démocratique, respectueux des droits, avec un enseignement de qualité, où il faisait bon vivre. Même si cette vision idyllique s’est un peu modifiée au fil du temps, je n’ai jamais envisagé de revenir en France. Non seulement j’ai payé mes impôts provinciaux avec plaisir il y a cinq ans, mais j’ai aussi choisi de transformer la prime en subvention de recherches pour recruter des étudiants supplémentaires. Bref, tout allait bien jusqu’il y a 100 jours.

    Avant de revenir sur ces 100 funestes jours, je tiens à vous indiquer, Monsieur le Premier Ministre, en utilisant un langage économique que vous affectionnez, que mon retour sur investissement est excellent. Mon immodestie, qui est probablement la seule chose que je partage avec vous, n’en souffrira pas. Excusez-­moi pour la nécessaire technicité de ce paragraphe. Le principal critère pour évaluer la recherche fondamentale est le nombre de publications, surtout dans les meilleures revues scientifiques (seules les publications dans les revues Nature et Science sont prises en compte dans le célèbre, bien que critiquable, classement des universités réalisé, par exemple, par l’Université de Shanghai), et le nombre de citations. Avec une petite équipe et des moyens financiers relativement modestes, notre travail s’est traduit par quatre publications dans Nature et Science (l’Université de Montréal dans sa totalité en a publié 49 depuis 2003) et a reçu plus de 1000 citations en 2011. Demandez à vos experts, vous trouverez très peu de chercheurs au Canada, voire aux États-­Unis, ayant une productivité aussi grande, c’est-à­-dire un impact scientifique par dollar investi. Je pense donc avoir rempli ma part du contrat et contribué à l’excellence de la recherche scientifique québécoise.

    Depuis 100 jours, tout a changé pour moi. Un mouvement étudiant, massif, démocratique, a soulevé une question primordiale, les frais de scolarité universitaire que votre gouvernement a décidé d’augmenter de 75% sur 5 ans, paraît-­il pour favoriser l’excellence dans la recherche. Faire payer aux étudiants la recherche de pointe, est-­ce une bonne idée ? 100 jours de grève étudiante et aucune négociation, ou si peu. Pire encore, 100 jours de grève étudiante et quasiment aucun débat sur cette question. Tout a été fait pour parler d’autres choses que de l’excellence en enseignement et en recherche. Est-­ce un boycott ou une grève ? Une vitrine brisée par ci, un parcours non annoncé par là. La condamnation de la violence par les associations étudiantes est-­elle suffisante ? En même temps, malgré des blessés graves, nous n’avons jamais entendu le gouvernement appeler à limiter la violence policière, j’y reviendrai.

    Monsieur le Premier Ministre, pourquoi donc le Québec et le Canada recrutent­‐ils les chercheurs d’excellence préférentiellement dans des pays où l’éducation est gratuite, ou à tout le moins très peu chère, comme la France, la Chine, l’Allemagne, l’Argentine, l’Autriche, l’Inde ou la Russie ? Pourquoi les recrutements n’ont-­ils pas lieu dans les pays où les frais de scolarité sont très élevés, comme les États-­Unis d’Amérique ? Pourquoi ces mêmes États-­Unis sont-­ils contraints de recruter autant d’étudiants et de professeurs à l’étranger si leur système d’éducation très couteux pour les étudiants est si performant que le Québec se doive de l’imiter ? Sans prétendre résoudre ce paradoxe, je peux apporter quelques éléments de réflexion. En transformant les étudiants en clients, on introduit plusieurs moyens de pression permettant de dégrader fortement l’excellence de l’enseignement, et par là même l’excellence de la recherche, qui rappelons-­le repose avant tout sur les étudiants. Les clients achètent leur diplôme, et ils s’attendent donc à l’obtenir, même s’ils n’ont pas le niveau. Ensuite, l’université a tout intérêt à garder ses clients, puisqu’ils constituent leur principale source de financement. La pression se transmet aux professeurs, qui doivent réduire le taux d’attrition au maximum. Dans ces conditions, pourquoi faire échouer un client à un examen, puisque cela réduirait les ressources de notre département et de notre université, allant à l’encontre de l’intérêt du professeur ? Les professeurs, qui, vous l’avez peut-­être oublié, Monsieur le Premier Ministre, sont avant tout des êtres humains, se trouvent tous les jours face à des étudiants, qui sont aussi des êtres humains, mais des êtres humains luttant pour survivre dans un monde où les richesses sont de plus en plus accaparées par une petite minorité. Comment, humainement, peut-­on refuser un cours à un étudiant sérieux qui a travaillé fort et qui s’est lourdement endetté, mais qui est juste en dessous du niveau requis pour satisfaire aux hautes exigences du savoir intellectuel actuel ? Comment peut-on, humainement, laisser un jeune avec une grosse dette et sans diplôme ?

    Aucune des pressions induites par le clientélisme universitaire n’est à elle seule décisive pour dégrader la qualité de l’enseignement. Mais elles vont toutes dans ce sens et il y a fort peu mesure gouvernementale pour soutenir l’excellence dans l’enseignement, la bonne volonté des étudiants et des professeurs nous préserve, pour combien de temps encore, du naufrage. Aux États-­Unis, où les études sont très chères depuis longtemps, les notes finales d’un étudiant sont corrélées positivement avec le montant des frais de scolarité, est‐ce bien sérieux ! La dette étudiante y est actuellement de plus de mille milliards de dollars, et l’enseignement est déjà sévèrement dégradé. Une question cruciale est de savoir comment elle sera remboursée, si tant est qu’elle puisse l’être. Monsieur le Premier Ministre, oui, la question des frais de scolarité et de l’excellence universitaire est très complexe et ne peut pas se résoudre par une loi spéciale, mais par un large, long et difficile débat démocratique.

    Débat démocratique, mais quel étrange concept viens­‐je d’évoquer ? La démocratie semble se résumer, pour vous, au seul dépôt dans l’urne d’un bulletin de vote tous les quatre ans. Mais comment croire que l’on puisse décider intelligemment de toutes les questions complexes auxquelles notre monde est confronté par un seul bulletin ? Quel n’a donc pas été mon désespoir quand une association étudiante, la CLASSE, a été vilipendée, insultée, trainée dans la boue parce que ses représentants respectaient le mandat qui leur avait été confié lors de votes démocratiques ! Quelle horreur, des élus qui refusaient d’abuser de leur pouvoir, qui refusaient de faire passer leur opinion personnelle en lieu et place de celle des gens qu’ils représentaient, et outrage inimaginable, osaient affirmer qu’ils allaient consulter leur base ! Monsieur le Premier Ministre, comment puis‐je accepter de voir ainsi bafouer les principes fondamentaux de la démocratie par un gouvernement censé oeuvrer pour l’épanouissement de la démocratie ?

    La vraie démocratie, qui n’est pas la dictature de la majorité, doit mettre en oeuvre de multiples systèmes, des contre-­pouvoirs, pour garantir les droits de tout un chacun. Comment peut-­‐on respecter les minorités, si seul un vote tous les quatre ans est considéré comme suffisant ? Or, du fait du baby boom, les jeunes, les étudiants, constituent une petite minorité au Québec. Il y a plus de personnes de plus de 75 ans que de jeunes de 15 à 19 ans, fraction de la population qui de toute façon n’avait pas le droit de vote lors des dernières élections. Il y a seulement 500 000 jeunes de 20 à 24 ans, mais plus de 2 millions d’ainés âgés de plus de 65 ans. Dans un tel contexte, et sans un long débat, quelle est la chance de faire passer l’idée d’études universitaires presque gratuites garantissant l’excellence de l’enseignement, alors que l’impact concret d’un tel choix servira l’intérêt des Québécois dans 10, 20 ou 30 ans, avant l’idée d’une baisse immédiate des impôts ?

    Cent jours de lutte menée par des centaines de milliers de jeunes Québécois n’ayant comme seul pouvoir que des manifestations pacifiques et le sacrifice de leur propre session. Et quelles réponses le puissant gouvernement québécois a-t-il fourni ? Le mépris, l’absence de dialogue, la répression et maintenant une loi spéciale qui réduit la liberté d’expression de tous et qui laisse à la police, et bientôt peut-­être à l’armée, le soin de régler la question de l’excellence universitaire. Il n’est nul besoin d’être grand clerc pour imaginer la violente répression qui sera nécessaire pour arrêter un mouvement si profond, si massif, si motivé. Chaque fois que mes enfants, ou leurs amis, sortent le soir, c’est avec la peur au ventre que j’attends leur retour, sursautant à chaque coup de téléphone qui pourrait m’annoncer la perte d’un oeil, un traumatisme crânien, voir pire. Oui, je sais, la police fait un métier difficile, oui il y a de très rares casseurs qui veulent en découdre et se cachent parmi la foule, oui il y a maintenant beaucoup de fatigue. Les conditions sont réunies pour que de graves bavures se produisent. Monsieur le Premier Ministre, agissez pour qu’elles ne se produisent pas, soutenez les policiers qui font bien leur travail et condamnez ceux qui abusent de la violence, comme par exemple à la brasserie Saint-­Bock. Croyez-­vous vraiment que poivrer des touristes va permettre de recruter des chercheurs d’excellence et de former d’excellents étudiants ?

    Cent jours de lutte à mains nues face à un pouvoir sourd, autoritaire et violent, peuvent-ils s’expliquer seulement par la question des frais de scolarité et de l’excellence universitaire ? Que nenni. La jeunesse sent bien, voit bien que notre modèle de société est en train de s’effondrer ; tous les marqueurs sont au rouge : un environnement social dégradé, marqué par une montée indécente des inégalités ; un environnement biologique dégradé, avec une disparition accélérée des espèces et des écosystèmes ; un environnement physique dégradé, avec le réchauffement climatique et les multiples pollutions chimiques ; un épuisement généralisé des ressources, qui oblige à exploiter à grands frais les sables bitumineux, les gaz de schiste, les métaux au fond des océans ou dans le Grand Nord ; un système financier démesuré, mais qui ne survit qu’à force de subventions, générant une dette publique impossible à rembourser. Ces cent jours de lutte sont un extraordinaire cri de désespoir de notre jeunesse, désespoir qui s’est cristallisé sur la question des frais de scolarité, mais qui dénote un très profond malaise sociétal.

    Le Québec est le premier pays riche à prendre massivement conscience du mur dans lequel nous sommes en train de nous enfoncer avant que la crise économique se manifeste de manière évidente comme en Grèce ou en Espagne. Monsieur le Premier Ministre, vous avez l’opportunité extraordinaire de disposer d’une jeunesse courageuse, innovante, politisée, prête à explorer un nouvel avenir qui nous fera éviter tous les graves dangers évoqués plus tôt. Ou alors, souhaitez-­vous choisir l’obstination, l’aveuglement, la répression, la violence et m’obliger à vivre dans un autre pays où la démocratie, l’éducation, la nature… Bref : la société humaine, pourront s’épanouir ?

    Hervé Philippe

    Professeur titulaire,

    Chaire de Recherche du Canada en Bioinformatique et Génomique Evolutive, Département de Biochimie – Université de Montréal

     

    Source : http://www.vigile.net/Nouvel-article,48399

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