• Un CD Rom, 8000 photos. Des enfants torturés, violés.

    Malgré la reconnaissance de plus de 80 enfants, dont certains victimes dans de célèbres procès comme celui des Disparues de l’Yonne, les actions d’associations comme Innocence en Danger, ou les interrogations préoccupantes d’un rapporteur de l’ONU, la justice conclut à un non lieu et le fichier ne sera plus jamais évoqué.
    Pourquoi un tel silence autour des réseaux pédophiles ?


  • Affaire Karachi. Le juge Van Ruymbeke touche au but

    C’est un travail titanesque qu’a accompli Renaud Van Ruymbeke, en charge du volet financier de l’affaire Karachi. Une œuvre de «moine-soldat», souffle, ­admiratif, un avocat. Grâce à des milliers de documents bancaires récupérés au Liechtenstein, en Espagne et en Suisse – un véritable voyage au cœur de la finance offshore –, le juge a réussi à «reconstituer le circuit opaque» de dizaines de millions d’euros de commissions illégales versées lors de plusieurs contrats d’armement signés par le gouvernement d’Edouard Balladur en 1994. «Ces ­commissions, note le juge dans un procès-verbal consulté par Paris Match, ont donné lieu de façon systématique à d’importants retraits en espèces qui ont commencé en 1994, puis se sont développées à grande échelle en 1995.»

    Effectués à Genève, ­plusieurs d’entre eux ont eu lieu en avril et mai 1995, en pleine élection présidentielle française. Ils renforcent les soupçons d’un financement illégal de la campagne d’Edouard ­Balladur, dont le compte avait été crédité, le 26 avril, d’un mystérieux dépôt en liquide de 10,2 millions de francs. En filigrane de ce dossier explosif se profile aussi la piste d’un enrichissement personnel de dirigeants politiques français. Au total, au moins 71,7 millions de francs en espèces ont été retirés entre mai 1994 et novembre 1996 sur plusieurs comptes suisses. Le juge Van Ruymbeke ne manque pas de relever que l’immense majorité des retraits a été réalisé en francs français sur des comptes libellés en dollars ou en francs suisses. La preuve, selon lui, que cet argent était bien destiné à revenir en France. Reste à savoir à qui.

    L’étau se resserre autour de Thierry Gaubert. L’ancien chef de cabinet de Nicolas Sarkozy au ministère du Budget a-t-il participé au rapatriement en France d’une partie des commissions des marchés d’armement? Le juge Van ­Ruymbeke le soupçonne fortement et vient de le mettre en examen pour «blanchiment aggravé». Selon les nouveaux éléments dont dispose le magistrat, Thierry Gaubert a ­effectué trois dépôts en liquide sur un compte ouvert à la banque Safdié, à Genève, les 2 et 24 mai, ainsi que le 12 juillet 1995. Montant total: 7 millions de francs. Une somme colossale pour un homme sans fortune personnelle.

    Le ­magistrat a relevé qu’à chacun de ses dépôts, des retraits d’espèces ont eu lieu aux mêmes dates, eux aussi à Genève, sur des comptes alimentés par l’argent des commissions. Ainsi, le 1er mai, la veille du premier dépôt de Thierry Gaubert, 5 millions de francs sont retirés d’un compte ­appartenant à un prête-nom, le cheik koweïtien Ibrahim Al-Sabah. Ce jour-là, l’homme d’affaires libanais Ziad ­Takieddine se trouve également à Genève. Pour le juge, il ne s’agit pas d’une coïncidence. Takieddine apparaît comme le pivot du dispositif mis en place pour écouler l’argent des commissions. «Contestez-vous avoir remis des espèces à M. Gaubert?» demande le magistrat à Ziad ­Takieddine. «Oui», se défend ce dernier. Renaud Van Ruymbeke dispose par ailleurs du témoignage de la princesse Hélène de ­Yougoslavie, l’ex-épouse de Thierry Gaubert, qui soutient qu’à cette époque, son mari et Takieddine se rendaient à Genève et revenaient avec des sacoches de ­billets, remises ensuite à Nicolas Bazire, à l’époque directeur de campagne d’Edouard Balladur.

    Thierry Gaubert devrait bientôt être réinterrogé sur l’origine de ces 7 millions. «Cet argent vient en partie de l’héritage du père de Gaubert, et en partie d’une opération financière réalisée avec l’industriel Gustave Leven, aujourd’hui décédé», assure à Match son ­avocat François Esclatine.

    Les preuves qui embarrassent Takieddine. Alors qu’il ne connaissait rien aux marchés d’armement, l’homme ­d’affaires a été imposé en 1994 comme intermédiaire par deux soutiens d’Edouard Balladur: le ministre de la Défense de l’époque, François Léotard, qu’il côtoyait depuis plusieurs années, et son conseiller, Renaud Donnedieu de Vabres. Au cours de ses auditions, Takieddine a toujours démenti être l’auteur des retraits en espèces. Pourtant, les éléments à charge contre lui s’accumulent.

    L’examen de ses justificatifs de voyage, imprudemment confiés à son avocat fiscaliste, prouve qu’il se trouvait bien sur les rives du Léman lors de la plupart des retraits. Ainsi, les 6 et 7 avril 1995, alors que 13 millions de francs sont retirés à Genève, il effectue un incroyable chassé-croisé entre Paris, Londres et Genève. «Pour quelle raison avez-vous multiplié ces allers-retours entre Paris et Genève si ce n’est pour aller chercher l’argent et le rapporter à Paris?» demande le juge à Takieddine.

    Tout aussi troublant, l’emploi du temps de Takieddine du 2 juin 1994. Ce jour-là, l’homme d’affaires loue une voiture à l’aéroport de Genève à 13h35. Il la rend à 15h40. Or, un retrait de 1 million de francs a lieu à 14 h 59, toujours à Genève, sur le compte de son ami Abdul Rahman El-Assir, l’autre grand bénéficiaire des commissions (voir encadré). ­Takieddine jure qu’il s’agit là d’un ­hasard. Pourtant, une instruction écrite ne laisse aucun doute: dans celle-ci, El-Assir demande à son banquier de remettre ce même jour la somme de 1 million de francs à… Takieddine. Devant l’obstination de ­Takieddine à nier les faits, Van Ruymbeke insiste: «Il ne s’agit pas de fabulation, mais de preuves. Maintenez-vous vos dénégations et pourquoi? A qui étaient destinées ces espèces? Et qui protégez-vous?» assène-t-il plusieurs fois. ­Takieddine s’emporte alors, entraînant la suspension de l’interrogatoire.

    Le circuit de l’argent

    Au total, cinq contrats d’armement ont été signés par le gouvernement Balladur en 1994: les contrats Shola, SLBS et Mouette pour la rénovation de frégates saoudiennes, Agosta pour la vente de sous-marins au Pakistan et Sawari II pour celle de trois frégates à l’Arabie saoudite. Pour dissimuler les versements de commissions, la Sofresa et la DCN (Direction des chantiers navals), les entreprises françaises chargées de ces opérations, ont utilisé une pléiade de sociétés écrans. Les fonds étaient ensuite encaissés par des structures offshore dans des paradis fiscaux, toutes liées à Takieddine ou à son ami El-Assir. En bout de chaîne, l’argent était retiré sur plusieurs comptes en Suisse : l’un «prêté» par le Koweïtien Ibrahim Al-Sabah, et deux autres détenus par El-Assir. Un montage complexe mais qui n’a plus aucun ­secret pour Renaud Van Ruymbeke.

    Source : http://www.parismatch.com/Actu-Match/Politique/Actu/Affaire-Karachi.-Le-juge-Van-Ruymbeke-touche-au-but-398918/

  • Interdites par Madrid, trois télévisions « indignées » passent dans la clandestinité

    Le gouvernement régional de Madrid tente de fermer trois télévisions associatives locales, pourtant protégées par la loi sur l’audiovisuel. Leur ton dissident, leur clair soutien au mouvement des « Indignés » et leur audience en forte progression ne plaisent pas. Tout en livrant une bataille juridique et politique, les télévisions ont décidé d’émettre à partir d’un lieu tenu secret.

     

     

    L’Athénée Républicain de Vallecas, le quartier historiquement « rebelle » de Madrid, de tradition ouvrière et communiste, est plein à craquer ce mercredi 16 mai à 20h. Les directeurs respectifs de trois chaînes de télévision locales à but non lucratif – Tele K, Canal 33 et Solidaridad TV – y ont convoqué une assemblée citoyenne. Le gouvernement régional de Madrid, dirigé par Esperanza Aguirre, affiliée au Parti populaire (PP, droite) vient de prendre la décision de leur interdire d’émettre depuis l’édifice Torre de Valencia où elles sont hébergées depuis des années. Sur le site de Tele K, une mire « Off line » s’affiche, pour la première fois en 19 ans.

    Des concessions pour les amis du pouvoir

    Ces télés sont jugées illégales par le gouvernement régional qui profite d’une faille juridique, les trois télés locales ne bénéficiant plus des concessions administratives ad-hoc. Celles-ci ont été attribuées en 2005 par ce même gouvernement, de façon arbitraire. Selon Enrique Riobóo, directeur de Canal 33, le gouvernement régional a favorisé un petit cercle de « pistonnés » proches du pouvoir.

    C’est le cas de l’opérateur de TDT Teledifusión Madrid, qui fait partie du « cluster » audiovisuel du réseau Madrid Network. Un « partenariat public-privé » à la mode actuellement, chapeauté par le gouvernement de Madrid, la Chambre de commerce et… la Confédération des chefs d’entreprises, clairement opposée aux mouvements pacifistes de contestation. Lors de la répartition des licences, les trois télés « solidaires » sont restées sur la touche pour des raisons encore floues, le secrétaire général du Conseil du Gouvernement de la Communauté de Madrid n’ayant pas donné suite à nos demandes d’interview.

    Menace de lourdes amendes

    Le Sénat espagnol est cependant intervenu en 2007, amendant la loi qui protège les télévisions communautaires existantes, comme c’est le cas avec Tele K, Solidaridad TV et Canal 33. Problème : le précédent gouvernement du PSOE (Parti socialiste espagnol) n’a pas pris la peine de rédiger le décret subordonné à l’application de cette loi avant de quitter le pouvoir. C’est dans cette faille juridique que les conservateurs madrilènes se sont engouffrés pour faire taire les trois télés locales.

     

     

    S’il y a débat juridique, il n’y a pas de dossier pénal contre les télés locales. Aussi, le gouvernement d’Esperanza Aguirre s’en prend directement à la communauté de propriétaires de la Tour de Valence, l’édifice qui abrite les télévisions, qu’elle menace d’une amende de 30 000 euros par jour si celle-ci s’obstine à héberger les équipements de diffusion des émissions présumées illégales. La date du démantèlement des équipements de diffusion n’a pas été confirmée.

    Émettre dans la clandestinité

    Puisque le gouvernement local a le pouvoir d’attribuer les concessions, pourquoi ne pas laisser Tele K, Solidaridad TV et Canal 33 déposer une requête pour l’obtenir ? Pour Enrique Riobóo et Paco Pérez (directeur de Tele K), la décision de fermer les télés locales est politique et non technique… « La TNT a été une belle arnaque, s’insurge Enrique Riobóo. Elle était sensée encourager la pluralité des canaux et nous sommes les premières victimes de restrictions arbitraires ! ». Depuis l’émergence du mouvement 15-M, le mouvement des Indignés espagnol, l’audience des trois télés locales a augmenté de façon exponentielle.

    Leur ton critique envers le gouvernement d’Esperanza Aguirre et leurs images montrant l’ampleur réelle du mécontentement du peuple espagnol semblent avoir attiré les téléspectateurs. « Depuis la Tour de Valence, les télés locales peuvent atteindre pas moins de 6 millions d’auditeurs potentiels », fait remarquer Pedro de Alzaga, directeur adjoint de Cuarto Poder (« Quatrième pouvoir »), un autre média alternatif espagnol.

    Citoyens et donateurs à la rescousse

    Harcelés et asphyxiés économiquement, les trois télés locales ont décidé de réagir avec l’appui des mouvements sociaux du 15-M. Tele K et Canal 33 unissent leurs forces et leurs moyens pour continuer à diffuser leurs émissions depuis un lieu gardé secret. Les trois télés s’apprêtent à déposer une requête auprès des tribunaux pour que la Loi générale sur l’audiovisuel qui les protège soit reconnue et que la fermeture des émissions soit annulée. Voilà pour la résistance juridique.

    La mobilisation citoyenne est également de mise : l’assemblée de Vallecas appelle à une manifestation pour le 29 mai. Les auditeurs se cotisent pour donner un peu d’oxygène aux équipes audiovisuelles (en 2011, les dons spontanés ont atteint la somme de 38 000 euros). L’autre objectif est de diffuser largement leur lutte auprès du grand public, des groupes parlementaires espagnols, des associations de presse, mais aussi d’organismes européens (les avocats des trois télés locales étudient la possibilité de permettre aux citoyens de déposer une plainte auprès des instances européennes).

    Journalistes agressés

    Tele K, Canal 33 et Solidaridad TV comptent sur l’appui des réseaux sociaux et celui des indignés de toute la planète pour dénoncer un cas manifeste d’atteinte à la liberté d’expression dans un état européen sensé être « démocratique ». Dans un contexte où les tentatives de censure contre la presse se multiplie.

     

     

    Mi mai, le photographe Javier Zurita de l’agence de presse allemande Laif, a été agressé physiquement par des policiers alors qu’il couvrait un rassemblement à la Puerta del Sol. Javier Bauluz, du magazine on-line Periodismo Humano, a été frappé au visage par des policiers alors qu’il couvrait une expulsion de logement. Bienvenue dans l’Europe de l’austérité démocratique !

    Photo : © Javier Bauluz

     

    Source : http://www.bastamag.net/article2404.html

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