• Portugal: une centaine de milliers de personnes manifestent contre l’austérité

    Plus d’une centaine de milliers de personnes ont manifesté samedi à Lisbonne et dans plusieurs villes du Portugal contre les mesures d’austérité du gouvernement de centre-droit qui a récemment mis le feu aux poudres en annonçant un renforcement de la rigueur.

    « Stop au terrorisme social », « Ceux qui volent le Portugal doivent être jugés », « Bientôt l’Etat volera les morts », pouvait-on lire sur les nombreuses banderoles et affiches brandies à Lisbonne par les manifestants.

    « Que la troïka aille au diable » était le principal slogan pour signifier le rejet des mesures de rigueur imposées par les trois bailleurs de fonds du Portugal, l’UE, le FMI et la BCE, en échange du plan de sauvetage de 78 milliards d’euros accordé au pays en mai 2011.

    Selon des estimations des organisateurs, plus de 50.000 personnes ont manifesté à Lisbonne et un nombre sensiblement identique à Porto, la grande ville du nord du pays, tandis que plusieurs milliers se sont rassemblés dans une trentaine de villes. Habituellement, la police portugaise se refuse à toute évaluation.

    A Lisbonne, des échauffourées ont eu lieu entre manifestants et policiers devant le Parlement sans faire de victimes.

    « Ce gouvernement va tuer le Portugal, et si nous ne faisons rien ce sera pire », a déclaré Ivan Rodriguez, un trentenaire qui reconnaissait manifester pour la première fois. « Je lutte pour préserver mon emploi et celui des autres », ajoutait-il.

    Les manifestations, convoquées sur Facebook par des universitaires, artistes, poètes ou musiciens, revendiquaient un caractère apolitique. Elles étaient toutefois soutenues par des partis d’extrême gauche et par le principal syndicat portugais, la CGTP, qui a prévu un grand rassemblement le 29 septembre.

    A Lisbonne, dans une ambiance bon enfant, les manifestants ont frappé sur des tambours, donné des coups de sifflets, actionné de petits avertisseurs ou tapé dans leurs mains pour faire le plus de bruit possible.

    Le mécontentement s’est nettement amplifié après les récentes décisions du gouvernement du Premier ministre Pedro Passos Coelho de procéder cette année à de nouvelles augmentations d’impôts et de prévoir pour l’année prochaine une hausse de 11% à 18% des cotisations salariales, une mesure qui, selon des experts, équivaut à la perte d’un mois de salaire.

    Depuis l’obtention du plan de sauvetage, le gouvernement a déjà procédé à des baisses de salaires des fonctionnaires et des augmentations d’impôts avec en particulier des hausses sensibles de la TVA.

    « Les impôts et la TVA m’ont étranglée. Il m’est impossible de conserver mes employés », déclarait Ana Paulo Figueiredo, une restauratrice d’une cinquantaine d’années. « Il faut un referendum. Le peuple doit donner son avis », ajoutait-elle.

    « On en a assez de ce gouvernement qui n’est rien d’autre qu’une mafia sans compétence », renchérissait Vitoria Pato, une retraitée de 85 ans.

    Depuis qu’il a annoncé un renforcement de l’austérité, le Premier ministre essuie un flot de critiques non seulement de la part de l’opposition de gauche, mais aussi de plusieurs de ses alliés politiques et même du patronat. Une tentative de justification de M. Passos Coelho sur sa page Facebook a déclenché un flot de commentaires acerbes.

    Principal axe de sa politique, l’austérité a entraîné une forte contraction de l’économie – 3,3% au deuxième trimestre – tandis que le chômage dépasse les 15% de la population active. Pris à la gorge, le gouvernement a dû admettre qu’il ne pourrait remplir cette année son engagement de ramener le déficit public à 4,5% du PIB.

    Face à cette situation, la troïka a accordé au gouvernement un délai supplémentaire pour réduire les déficits.

    © 2012 AFP
  • La lutte exemplaire des étudiants québécois a porté ses fruits.

     

    Quelques heures après le résultat des élections provinciales, l’équipe gouvernementale de la nouvelle Première ministre Pauline Marois a contacté un syndicat étudiant et a annoncé que l’annulation de la hausse des frais de scolarité serait bientôt effective et décidée par décret ministériel.

    A peine élue, la nouvelle Première ministre québécoise s’attaque à la mesure à la base des grands troubles qu’a connus le Québec au printemps dernier.

    Pauline Marois en contact avec les syndicats étudiants

    Des proches de Pauline Marois auraient contacté la présidente du syndicat étudiant FEUQ, Martine Desjardins, mercredi 5 septembre, au lendemain de sa victoire, afin de lui confirmer que la hausse des frais de scolarité, envisagée par Jean Charest, serait annulée.

    Une promesse de campagne que Pauline Marois, malgré une faible majorité à l’Assemblée, pourra faire passer sans vote au Parlement, par simple décret ministériel.

    Au printemps dernier, l’ancien Premier ministre Jean Charest avait annoncé l’augmentation des frais de scolarité de 75% en cinq ans. Une mesure qui a soulevé les mouvements étudiants qui ont commencé à lancer de grandes manifestations dans les rues des villes du Québec.

    Une première mesure symbolique

    Le conflit entre les mouvements étudiants et le gouvernement prend un nouveau tournant lorsque le gouvernement fait voter la célèbre Loi 78, visant à réduire fortement le droit à la manifestation. La population québécoise a alors commencé à se retourner contre le Premier ministre Jean Charest et à prendre la défense des étudiants.

    Pauline Marois, dans le même temps, s’est engagée aux côtés des étudiants, arborant, comme eux, l’emblème du carré rouge à l’Assemblée nationale et promettant d’annuler les mesures une fois élue.

    Source : http://www.jolpress.com/article/international-quebec-pauline-marois-hausse-frais-de-scolarite-annuler-hausse-martine-desjardins-loi-78-manifestation-jean-charest-carre-rouge-813141.html

  • Passage d’une loi interdisant les grèves au Québec pour empêcher les protestations légales

    Le Québec tranquille c’est fini. La Belle Province se rebelle avec force, dans la rue et sur les réseaux, contre des articles de loi dignes d’un État policier. Avec Twitter comme point de convergence. Défiant la police, les québécois crient leur colère depuis la loi liberticide de vendredi dernier. Le texte était supposé mettre fin aux manifestations étudiantes contre l’augmentation des frais de scolarité.

     

     

    Cent. C’est le nombre de jours qui se sont écoulés depuis qu’a débuté le “printemps érable”, ce mouvement des étudiants québécois contre l’augmentation programmée de leurs frais de scolarité. D’ici 2017, ils pourraient ainsi passer de 2 168 dollars à 3 793 dollars par an, soit une augmentation de 75%.

    Mais depuis vendredi, la contestation s’est étendue à toute la population, suite à la promulgation d’une loi spéciale.  Votée après vingt-et-une heures de débat, la loi 78 vise à limiter les manifestations et à éradiquer les piquets de grève devant les établissements universitaires, jusqu’en juillet 2013. Les organisateurs de manifestations sont désormais tenus de prévenir huit heures à l’avance les autorités pour tout événement rassemblant plus de cinquante personnes. Ils doivent en communiquer le parcours ainsi que la durée. Rien que nous ne connaissions déjà en France.

    Mais pour les Québécois, très syndiqués, cette mesure, qui vise en premier lieu à museler les étudiants, prive surtout la population dans sa globalité de sa liberté d’expression et de sa liberté d’association. En cas de non-respect de la loi, les sanctions sont drastiques : de 1 000 à 7 000 dollars d’amende pour un individu et jusqu’à 125 000 dollars pour une association. Pour Moïse Marcoux-Chabot, documentariste québécois, cette loi censée ramenée l’ordre a eu l’effet inverse :

    Supposée ramener l’ordre, cette loi est aujourd’hui en passe de devenir l’objet et la motivation principale de la manifestation.

    Au lendemain de la promulgation de la loi, la 27ème manifestation nocturne (et consécutive) des étudiants était déclarée illégale par le service de police de la ville de Montréal, dix minutes après avoir commencé. La situation a rapidement tourné au grabuge : trois cents arrestations, une dizaine de blessés dont un blessé grave dénombrés le lendemain.

    Brutalités

    De nombreux journalistes ont été arrêtés avant d’être finalement relâchés une fois leur identité vérifiée. Un soulèvement et une répression sans précédent au Québec, réputée pour être du coté tranquille de la force. Et c’est par le biais d’un tweet que les manifestants ont vite été prévenus de l’illégalité de leur mouvement :

     » Avis donné à la foule : illégale, les gens doivent quitter immédiatement.  »

    Aujourd’hui, manifestants et forces de police s’affrontent dans les rues comme sur les réseaux. La police de Montréal, déjà très présente sur Twitter, live-tweete les actions de ses brigades et le parcours des manifestants. À chaque manifestation nocturne, les messages de 140 signes s’enchainent, rassurent, dédramatisent, informent ou désinforment les 29 000 twittos qui suivent le compte @spvm. Les questions abondent et les accusations de brutalité policières pleuvent. Des accusations qui ne nous étonneraient pas en France où la défiance à l’égard des forces policières est fort, mais au Québec, où la confiance est maitresse, ces messages courts et incisifs semblent montrer un basculement progressif de l’opinion vis-à-vis des forces de police.

    En cause, les dispositifs de sousveillance ou copwatching (consistant à surveiller les surveillants) gérés par de nombreux manifestants qui publient des vidéos, parfois sans contexte, montrant le comportement agressif de certains policiers. Sur Facebook, une vidéothèque a même été montée, alimentée par les 410 membres pour inciter les grands médias à parler de ces dérapages. Si les sources et le contexte sont insuffisants, les vidéos sont explicites : coups de matraques, voiture de police vs manifestants, et usage abusif de bombes lacrymogènes sur des manifestants certes un peu provocateurs mais pas agressifs. Cette page Facebook illustre bien la désobéissance qui peut naitre sur internet, selon le concept d’”electronic civil disobedience” (ECD), qui a émergé dans les années 90.

    Sur Twitter, les mêmes hashtags #manifencours #GGI (Grève Générale Illimitée) sont utilisés à la fois par les manifestants et par les forces de police. Pourtant, le risque d’une utilisation des tweets par la police pour tracer et sanctionner les manifestants n’est pas à écarter. Une méthode laissée cependant à l’appréciation du procureur comme l’indique la nouvelle ministre de l’Éducation, Michelle Courchesne, qui a remplacé au pied levé Line Beauchamp après sa démission :

    Loi matraque

    Face à la probable instrumentalisation judiciaire de Twitter, @leclown, un twittos français a décidé de contourner la législation et d’offrir aux Québécois un espace de parole bien chaud, protégé et anonyme. Le compte @manifencoursQbc propose ainsi depuis lundi de retwitter anonymement les messages privés qui lui sont envoyés. Pour le moment, seuls 372 utilisateurs se servent de ce robot. Si les utilisateurs de Twitter ne semblent pas inquiets, l’épluchage du réseau par la police est tout à fait envisageable pour @leClown :

    « Un grand nombre de personnes dévoilent leur véritable identité sur Twitter et je suppose que cela peut faciliter le travail d’une police déterminée à identifier les personnes diffusant des messages allant a l’encontre de l’ordre établi. Les réseaux sociaux peuvent être légalement passés au peigne fin. C’est cela qui m’a incité a créer le robot manifencoursqbc« 

    Ses craintes sont étayées par des précédents récents puisque des réseaux sociaux ont déjà été utilisés pour condamner des manifestants. Lors des émeutes de l’été dernier au Royaume-uni, la Metropolitan Police a épluché les conversations Blackberry des émeutiers. Une dérive très Big brother qui, au Québec, n’écorne pas la détermination des manifestations à utiliser Internet.

    Amir Khadir, député de Québec solidaire, le seul parti considéré comme de gauche, a dénoncé la loi spéciale, surnommée “Loi matraque” et a appelé la population à “réfléchir à la possibilité de désobéir à cette loi de manière pacifique”. Le site arretezmoiquelqu’un.com agrège ainsi les photos des “désobéissants”. Lancée hier soir, 2 728 personnes ont déjà participé à cette opération, et le site ne cesse d’enregistrer de nouvelles contributions.

    Des Anonymous ont apporté leur soutien en publiant deux vidéos–communiqués intitulées “OpQuébec” et diffusées sur YouTube depuis ce week-end. Au vu de l’usage de termes français et non québécois, elles ne semblent pas avoir été créées par une frange québécoise du collectif informel, comme l’analyse Florent Daudens sur Radiocanada.

    Devise

    Devant l’entrave à la liberté d’association et d’expression que constitue la loi 78, des Anonymous ont appliqué leurs sanctions habituelles. Ce lundi, le site Internet du ministère de la Sécurité publique du Québec, ainsi que celui de la Déontologie policière ont été “défaçés”. Ainsi, en lieu et place du site d’origine, on pouvait lire la devise Anonymous sur fond blanc :

    Cette grève étudiante est la plus importante que le pays ait connu avec un pic de  200 000 à 300 000 manifestants (pour sept millions d’habitants) qui ont défilé dans les rues de Montréal le 22 mars 2012, attirant les médias internationaux. Laquelle a récemment trouvé un second souffle dans la fronde grandissante des rues québécoises depuis samedi. En soutien, de nombreux rassemblements sont organisés aujourd’hui à New York ou à Paris, comme l’indique Occupy Paris sur son compte Twitter.

    Source : http://owni.fr/2012/05/22/le-quebec-vibre/

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