• Un des auteurs de « L’innocence des musulmans » arrêté

    LOS ANGELES (Reuters) – Nakoula Basseley Nakoula, lié à la production du film islamophobe « L’innocence des musulmans » à l’origine de violentes manifestations à travers le monde arabo-musulman, a été placé jeudi en détention provisoire par une juge de Los Angeles qui a refusé de le remettre en liberté sous caution.

    Agé de 55 ans, il a comparu dans la journée devant une juge fédérale qui cherche à déterminer si ce copte égyptien résidant en Californie, condamné pour fraude bancaire en 2010, a respecté ou non le régime de probation qui lui a été imposé à sa remise en liberté en 2011.

    Il avait notamment l’interdiction d’utiliser internet ou de se servir de pseudonymes sans l’accord préalable de son officier de probation.

    La juge Suzanne Segal a motivé sa décision en expliquant notamment qu’il existait un risque que Nakoula prenne la fuite. Elle a également invoqué un « système de duperie ».

    « La cour ne fait pas suffisamment confiance au prévenu pour le moment », a-t-elle dit.

    L’avocat de Nakoula, Steve Seiden, qui avait réclamé sa remise en liberté contre une caution de 10.000 dollars, s’est dit « extrêmement préoccupé pour sa sécurité ».

    Selon les témoignages de personnes ayant participé à la production de « L’innocence des musulmans », Nakoula aurait produit sous le pseudonyme de Sam Bacile ce film qui dépeint le prophète Mahomet sous les traits d’un obsédé sexuel aux capacités intellectuelles limitées.

    La diffusion sur internet d’extraits de la vidéo a déclenché de violentes manifestations de colère depuis le 11 septembre dernier dans le monde arabo-musulman. Quinze personnes ont été tuées vendredi dernier lors de manifestations au Pakistan.

    Les premières manifestations ont coïncidé avec l’attaque du consulat américain de Benghazi, fatale à l’ambassadeur des Etats-Unis en Libye et à trois autres Américains.

    Les autorités américaines ont condamné la vidéo, mais également souligné que la liberté d’expression devait s’appliquer à ses auteurs.

    Tout en jugeant ce film « écoeurant et répréhensible », la secrétaire américaine d’Etat, Hillary Clinton, a ainsi déclaré le 13 septembre que les Etats-Unis avaient « une longue tradition de liberté d’expression qui fait partie intégrante de notre Constitution et de nos lois ». « Et nous n’empêchons pas les citoyens d’exprimer leurs points de vue, quand bien même ils seraient déplaisants », a-t-elle ajouté.

    Capture d'écran du film, «L'Innocence des musulmans», réalisé par Sam Bacile

    Le film qui n’existait pas !!

    Le promoteur immobilier israélo-américain Sam Bacile s’était vanté au Wall Street Journal d’avoir réalisé une superproduction de deux heures dotée d’un budget de cinq millions de dollars (environ quatre millions d’euros). Une semaine plus tard, il ne reste plus grand-chose d’un canular qui aura réussi à faire s’enflammer le monde arabe. 20 Minutes récapitule tous les mensonges du maléfique auteur de L’Innocence des musulmans.

    Il ne s’appelle pas Sam Bacile

    Même s’il s’en défend encore, Nakoula Basseley Nakoula a été débusqué et démasqué. Il n’est pas juif mais chrétien copte d’origine égyptienne, auteur de nombreuses escroqueries impliquant de fausses identités qui lui ont valu de la prison par le passé.

    Il n’est pas le réalisateur

    D’après des membres de l’équipe technique et du casting, «Sam Bacile» n’aurait eu qu’un seul rôle de producteur. Le réalisateur serait un certain Alan Roberts qui ignorait, comme tous ceux qu’il dirigeait, le véritable dessein du film.

    Le film s’intitulait «Le Guerrier du désert»

    Les 60 acteurs et 45 membres de l’équipe technique ont ainsi tous été dupés. Les témoignages divergent mais, en gros, ils pensaient tourner «un film sur l’époque du Christ, il y a deux mille ans», intitulé Le Guerrier du désert, a résumé Cindy Lee Garcia, la seule actrice à être montée publiquement au créneau contre la supercherie dans laquelle elle a été impliquée sans le savoir. C’est en postproduction que le scénario a été détourné et les dialogues originels grossièrement doublés pour en faire un pamphlet anti-islam.

    La «bande-annonce» serait le film

    Malgré les deux heures promises par Sam Bacile, personne n’a été en mesure de voir plus que les quatorze minutes de la «bande-annonce» – en réalité, une compilation d’extraits-, diffusées sur YouTube. «Nous avons cherché partout un film entier et nous n’avons rien trouvé. Le film n’existe pas», a affirmé au Hollywood Reporter Marium Mohiuddin, membre du Conseil musulman des affaires publiques, qui conseille les studios de cinéma sur la manière de représenter correctement les musulmans à l’écran. Une projection du film, sous un nom autrement plus attractif – L’Innocence de Ben Laden -, avait tout de même été organisée dans un cinéma de Los Angeles en juin dernier, mais n’avait attiré qu’à peine quelques spectateurs. Impossible de savoir cependant s’il s’agissait d’une version longue, le seul employé du cinéma présent n’a pas regardé jusqu’au bout.

    Un budget exagéré

    Cinq millions de dollars recueillis auprès de généreux donateurs juifs. La somme est sans doute largement exagérée à la vue du film, tourné le temps d’un été, à 90% sur fond vert, avec des effets spéciaux minimalistes. Ce sont les locaux de la société de production évangélique «Media for Christ» qui ont accueilli le tournage pendant une dizaine de jours. Les scènes en extérieur ont été tournées devant le domicile de Nakoula Basseley Nakoula ou le temps d’une seule journée dans un ranch spécialisé dans les tournages. «Media for Christ» affirme aussi avoir été trompée sur l’objet du film. S’il ne provient sans doute pas de donateurs juifs, l’origine et le véritable montant du financement restent inconnus.

     

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