• Olivier Delamarche mardi 28 mai 2013 – Eviter de se faire Chyprioter

    Olivier Delamarche nous explique que l’EU a maintenant le pouvoir de faire la même chose qu’a Chypre dans toute la Zone Euro. Il nous met en garde pour ne pas se faire « Chyprioter ».

  • L' »Insee » grec soupçonné d’avoir gonflé le déficit du pays

    L'objectif de cette manipulation aurait été d'aboutir à un déficit record au sein de la zone euro, afin de choquer l'opinion publique et, ainsi, de justifier la cure d'austérité infligée par la troïka.

    Un scandale politico-financier de plus pour la Grèce. Le directeur ainsi que deux autres cadres de l’Institut national de la statistique en Grèce (Elstat) ont fait l’objet de l’ouverture d’une enquête judiciaire par le parquet d’Athènes, mardi 22 janvier. Ils sont soupçonnés d’avoir gonflé artificiellement les chiffres du déficit public de la Grèce pour l’année 2009.

    Ancien statiticien au Fonds monétaire international (FMI), le patron d’Elstat, Andreas Georgiou – qui rejette ces accusations – a reçu le soutien de l’agence des statistiques de l’Union européenne (Eurostat), qui souligne que les calculs ont été faits selon les normes comptables européennes.

    M. Georgiou avait justement été nommé à la tête d’Elstat en 2010 dans le but de lui redonner de la crédibilité, après que ses statisticiens ont été vertement critiqués pour avoir masqué les difficultés financières du pays qui l’ont conduit tout droit à la faillite.

    JUSTIFIER LA CURE D’AUSTÉRITÉ

    L’accusation s’appuie sur le témoignage d’une ancienne employée de l’institut, Zoe Georganta, professeure grecque de statistiques, licenciée en 2011 par l’ancien ministre des finances, Evangelos Vénizelos. Selon elle, l’objectif de cette manipulation était d’aboutir à un déficit record au sein de la zone euro, afin de choquer l’opinion publique et, ainsi, de justifier la cure d’austérité infligée par la troïka (UE-BCE-FMI), explique le quotidien britannique Financial Times. Certains médias, comme Reuters, évoquent un complot inspiré par l’Allemagne.

    L’ex-employée affirme que M. Georgiou a « insisté pour faire entrer dans le déficit public de l’État les dettes des entreprises publiques de la péninsule hellénique », précise de son côté La Tribune.fr. Sans cette manipulation, à laquelle elle dit s’être opposée, « le déficit public pour l’année 2009 ne dépassait pas 12,5 %, au lieu des 15,4 % annoncés, et aurait pu être aisément ramené en dessous des 10% à l’aide de mesures immédiates », rapporte encore le site.

    Mme Georganta va même jusqu’à assurer que l’ancien gouvernement socialiste de Georges Papandréou ainsi que le ministre des finances de l’époque, Georges Papaconstantinou, avaient approuvé le maquillage – sans toutefois les accuser d’y avoir participé.

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  • La crise c’est fini !!!!

    L’Europe pourrait commencer à sortir de la crise des dettes souveraines en 2013, a affirmé l’agence de notation Standard & Poor’s dans une analyse publiée mercredi 10 janvier. « Cette année pourrait être décisive pour déterminer si la zone euro peut émerger de ses problèmes liés aux dettes souveraines », écrit l’agence de notation dans ce document intitulé « La crise de la dette en zone euro : 2013 pourrait être une année charnière ».

    « Néanmoins, nous croyons que la confiance des investisseurs ne reviendra que si les États membres poursuivent le rééquilibrage de leurs économies, à la fois en stabilisant structurellement les dettes publiques et en réduisant davantage les déficits extérieurs », selon Moritz Kraemer, analyste crédit chez Standard & Poor’s.

    " La confiance des investisseurs ne reviendra que si les États membres poursuivent le rééquilibrage de leurs économies" écrit l'agence de notation.

    Source

    Ps : je relais cette information ironiquement bien sur 🙂

  • La BCE se prépare à controler les banques européennes

    La Commission européenne va proposer la semaine prochaine aux Etats de la zone euro d’accorder à la Banque centrale européenne (BCE) le pouvoir de réglementer, de sanctionner et éventuellement de fermer des banques dans le cadre du projet d’union bancaire censé contribuer à résoudre la crise de la dette.

    Cette démarche vise à empêcher que les difficultés subies par certains établissements, comme l’espagnol Bankia en ce moment, n’aggravent la crise en obligeant les Etats à renflouer le secteur, tout en contribuant à renforcer l’intégration économique jugée nécessaire pour assurer la pérennité de l’euro.

    Le président de l’exécutif communautaire, José Manuel Barroso, devrait donc proposer mercredi que la BCE supervise les quelque 6.000 banques de la zone euro, donc qu’elle prenne le pas sur les autorités nationales existantes.

    Les nouveaux pouvoirs de la BCE pourraient lui permettre de surveiller étroitement la situation de liquidité des banques et d’imposer à celles-ci des règles plus dures en matière de fonds propres, selon un projet de propositions publié sur internet par le journal italien Il Sole de 24 Ore.

    La constitution d’une véritable union bancaire suppose des abandons de souveraineté de la part des Etats, une perspective qui suscite la suspicion de certains responsables politiques dans plusieurs pays.

    La Grande-Bretagne a déjà annoncé qu’elle resterait à l’écart du projet, même si de nombreuses banques basées à Londres et disposant d’importantes activités dans la zone euro sont affectés par un éventuel changement des règles.

    Si elle obtient des Etats les nouveaux pouvoirs envisagés, la BCE pourrait obliger une banque en difficulté à fermer purement et simplement.

    Dans le projet les responsables de la Commission écrivent: « La BCE devrait (…) avoir pour tâche de délivrer des licences aux institutions de crédit et devrait être responsable du retrait des licences ». Les autorités nationales seraient associées aux processus.

    L’Allemagne a déjà manifesté son opposition à une supervision de l’ensemble des banques de la zone euro par la BCE : pour Berlin, la banque centrale ne sera pas en mesure de surveiller les 6.000 établissements concernés. Mais la Commission réplique que même de petites banques peuvent déclencher des crises, en rappelant l’exemple de Northern Rock en Grande-Bretagne.

    BERLIN SCEPTIQUE, LES BANQUES MÉFIANTES

    Le projet révélé par Il Sole prévoit un étalement de la réforme de la supervision sur un an et précise que la BCE pourrait commencer à superviser la moitié des banques de la zone euro dès la mi-2012.

    Cette démarche permettrait au futur Mécanisme européen de stabilité (MES) de recapitaliser directement des banques, ce qui pourrait bénéficier à l’Espagne et à son secteur financier.

    Une fois cette étape franchie, la CE prévoit de lancer la création d’un mécanisme européen de démantèlement pour les banques les plus en difficulté et un renforcement de la garantie des dépôts.

    Ces mécanismes sont jugés indispensables à la création d’une union bancaire réelle et efficace mais leur mise en place prendra du temps et nécessitera de modifier des traités.

    « Tous ceux qui croient que cela peut être bouclé d’ici la fin de cette année ont fumé quelque chose. Ce sera très compliqué », souligne Graham Bishop, un consultant spécialisé dans la politique européenne.

    La BCE a identifié 30 banques jugées vitales pour la zone euro et de son côté l’influent cercle de réflexion Bruegel estime qu’environ 200 établissements de crédits regroupant 95% des actifs bancaires de la zone euro devraient être placés sous la supervision directe de la BCE.

    Les experts de l’UE prévoient que la surveillance au jour le jour des banques de plus petite taille sera déléguée aux autorités nationales.

    Les réserves de Berlin pourraient retarder la mise en place de ce schéma au-delà de 2013.

    « Le fait que le plus important gouvernement émette des objections avant même que la Commission ait fait des propositions n’est pas une bonne chose », constate Ken Wattret, économiste de BNP Paribas. « Si les négociations calent, ce sera problématique, notamment pour l’Espagne. »

    Les grandes banques, elles, suivent l’évolution du débat avec appréhension.

    « Le secteur ne veut pas d’une fragmentation des règles avec des différences selon que l’on est à l’intérieur ou à l’extérieur », explique Andrew Gowers, porte-parole de l’Association pour les marchés financiers en Europe qui représente des groupes comme Deutsche Bank ou HSBC.

    Marc Angrand pour le service français, édité par Matthias Blamont

    par John O’Donnell et Huw Jones

    Source : http://www.zonebourse.com/actualite-bourse/L-Europe-s-apprete-a-poser-les-bases-d-une-union-bancaire–14513999/?countview=0

  • Un coup d’État de la BCE derrière le sauvetage de la zone euro ?

    Mario Draghi l’a bien souligné : les achats de dettes des pays en difficulté par la BCE seront “conditionnés”. Conditionnés à quoi ? Au final au bon vouloir de Mario Draghi.

     

     

    Cocorico : depuis le début de la crise de l’euro , je dis que la Banque Centrale Européenne pourrait arrêter immédiatement la crise en rachetant de manière illimitée les obligations souveraines des pays en difficultés. Hier, Mario Draghi s’est enfin rendu à l’évidence et a prononcé ce fatidique mot d’”illimité” qui fait tant peur. Les marchés ont répondu en conséquence : les marchés actions s’envolent, et les taux souverains s’effondrent.

    (Il reste d’ailleurs à voir si ces achats seront vraiment “illimités”, puisque M. Draghi a aussi précisé qu’ils seraient “stérilisés”, c’est-à-dire compensés par des retraits de liquidités du système monétaire ; or, si la BCE peut acheter à l’infini, elle ne peut pas stériliser à l’infini…)

    C’est une bonne nouvelle, mais hier il a fait autre chose d’encore plus important, et de beaucoup plus grave. En effet, il a aussi dit que ces achats seraient “conditionnés”. Conditionnés à quoi ? Au final, conditionnés au bon vouloir de Mario Draghi.

    M. Draghi a eu beau expliquer pendant sa conférence de presse que les conditions seront fixées par les instances européennes et le FMI, au bout du bout, c’est lui qui décide de ce que fait la BCE ou pas. Et ces “conditions” restent extrêmement vague.

    Si quiconque doute qu’il s’agit bel et bien d’un coup d’Etat de la Banque centrale, qu’il se rappelle de l’éjection brutale du gouvernement (désastreux, mais élu démocratiquement) de Silvio Berlusconi, sur fond d’envol des taux souverains italiens face à l’inaction de la BCE, et de son remplacement par un gouvernement technocratique.

    Le mécanisme de M. Draghi est bien pensé : il précise que la BCE n’achètera que des obligations à court terme. Autrement dit, s’il retire la perfusion, les Etats pourront se trouver sans financement du jour au lendemain.

    La BCE se retrouve donc, en pratique, aux commandes des gouvernements de la périphérie de la zone euro : faites ce que je vous dis, sinon…

    Sur le court terme, la décision de la BCE est très bonne pour la zone euro. Elle devrait calmer la situation de la dette. Mais il ne s’agit rien de moins qu’un déni de démocratie, puisque ces gouvernements seront au final dépendants de la BCE, qui elle même n’est responsable devant personne, pas même les instances (déjà peu démocratiques) de l’Union européenne.

    Et s’il s’agit aujourd’hui des gouvernements périphériques de la zone euro, rien ne garantit que d’autres gouvernements, y compris le gouvernement français, ne se retrouvent sous la férule de Francfort.

    Aujourd’hui, la BCE insiste (de manière très contestable) sur l’orthodoxie budgétaire. Mais demain, elle aura peut-être des idées sur le marché du travail, le temps de travail, la fiscalité et beaucoup d’autres mesures qu’elle pourrait vouloir imposer aux pays, pour leur propre bien, bien sûr.

    Peut-être qu’un jour Mario Draghi dira, comme Dark Vador dans L’Empire contre-attaque : “Je change notre accord. Priez que je ne le change pas encore.”

    Article de Pascal-Emmanuel Gobry pour Atlantico

     

    Je ne saurais que vous conseiller cet excellent documentaire passé sur ARTE qui montre bien qu’il faut se méfier de mr draghi …

    http://commentbienvoter.com/goldman-sachs-la-banque-qui-dirige-le-monde-arte/

     

  • Il est urgent de dissoudre la zone euro

    La crise de la zone euro a atteint un point critique. Quelles que soient les solutions envisagées, qu’il s’agisse de la mutualisation de la dette ou des mesures dites « non conventionnelles » que la Banque centrale européenne pourraient prendre, elles ne peuvent apporter de solution durable. A cela une bonne raison : cette crise n’est pas une crise de la dette souveraine mais une crise de compétitivité aggravée par l’effet pervers de l’euro sur la croissance.

    Les différentes mesures prises depuis le début de 2010 ont été globalement inopérantes. Elles n’ont pu éviter que, pays après pays, cette crise s’étende, de la Grèce à l’Irlande, de l’Irlande au Portugal, puis à l’Espagne et à l’Italie. La situation dans la plupart des pays va continuer à se dégrader sous l’effet de la conjonction de politiques mal avisées de déflation compétitives, qui sont l’équivalent des politiques de dévaluation compétitives que l’euro prétendait supprimer. Alors que le chômage recommence à fortement monter en France, il est temps de changer de politique, sinon nous nous imposerons l’équivalent d’une grande dépression par notre propre stupidité.

    DES POLITIQUES INEFFICACES LIÉES À UNE ERREUR DE DIAGNOSTIC

    Les dirigeants européens se sont persuadés que cette crise était liée à l’endettement, qui provoque des problèmes, bien réels, de liquidité. D’où la solution proposée : se désendetter par une virulente cure d’austérité. Mais, les politiques d’austérité provoquent un effondrement des recettes fiscales, visibles dans le cas de la Grèce, de l’Espagne et de l’Italie, qui reproduit le déficit et la dette. Cette crise de la dette n’est que la conséquence directe de la crise de compétitivité interne et externe structurellement issue de l’existence de l’euro.

    Les écarts de compétitivité n’ont cessé de s’accroître ces dernières années. Aujourd’hui, ils imposeraient des baisses instantanées des coûts salariaux de l’ordre de 20 % en France, et nettement plus en Espagne et en Italie, sans même parle de la Grèce et du Portugal. En l’absence d’une telle baisse, les pays concernés sont condamnés à voir se creuser leur déficit commercial et à perdre massivement des pans entiers de leurs activités industrielles. Ils tentent d’y répondre par des subventions aux entreprises qui grèvent lourdement leur budget, et qui dans le cas de la France dépassent les 3 % du PIB.
    Cette crise de compétitivité induit aussi des destructions d’emplois importantes.

    En France, ce sont au minimum 300 000 emplois industriels qui sont menacés d’ici à décembre, à la fois dans les grandes entreprises et les PME-PMI. Au premier semestre de 2013 ce sont encore 200 000 emplois supplémentaires qui devraient être détruits. La situation est bien pire en Espagne (avec 24 % de chômeurs) et l’on s’approche des niveaux espagnols en Grèce et au Portugal. A ces subventions aux entreprises viennent donc s’ajouter les coûts d’indemnisation des travailleurs licenciés. Il ne faut pas chercher plus loin la cause du déficit public et de l’accroissement de la dette.

    Ceci est aggravé par l’anémie les pays de la zone euro depuis l’introduction de la monnaie unique. Le décalage de croissance est net avec les autres pays développés non membres de la zone euro.
    Il faut donc s’attendre à une montée du chômage de 3 % à 4 % au minimum sur un horizon de douze mois. Dans ces conditions, parler de « redressement productif » pour la France est une sinistre fumisterie.

    L’IMPÉRIEUSE NÉCESSITÉ DE BAISSER LES COÛTS SALARIAUX

    Cette baisse des coûts salariaux peut, en théorie, se faire de trois façons. On peut imaginer qu’elle se fasse par l’accroissement des salaires, et de l’inflation, en Allemagne. Mais nous n’avons que peu de prise sur ces paramètres. De plus, pour obtenir rapidement le décalage nécessaire, il faudrait que l’Allemagne accepte sur deux ans des taux annuels d’inflation de 12 %. C’est, évidemment, parfaitement illusoire. De plus, si cette mesure ne règlerait en rien le problème de compétitivité vis-à-vis des pays extérieurs à la zone euro, qu’ils soient européens (Roumanie, République Tchèque, Pologne) ou non-européens.

    Une deuxième solution réside dans la déflation salariale nominale. C’est la logique de ce que proposent tant le gouvernement que l’UMP. Mais, ses conséquences sur l’économie française seront dramatiques. La consommation baissera de 12 % à 15 % (suivant les effets d’entraînement), ce qui, sur une période de deux ans se traduira par une chute du PIB de 4 % à 5 % par an. Le chômage atteindra 20 % de la population active . Une telle baisse du PIB entraînerait d’ailleurs une réduction des recettes fiscales. La dette publique atteindrait, si le gouvernement s’en tenait aux objectifs de déficit annoncés, 99 % du PIB ! La déflation salariale ne ferait qu’aggraver la situation.

    Reste une troisième solution, une dévaluation. Cette dernière pourrait se faire dans un cadre envisagé par un nombre de plus en plus important d’économistes dont le dernier en date est l’ancien ministre des finances du Brésil, Carlos Bresser-Pereira : une dissolution concertée de la zone euro. Les pays de la zone euro s’accorderaient pour suspendre le fonctionnement de l’euro et pour décider d’un retour aux monnaies nationales. Ceci rendrait possible une dévaluation, qui est en réalité la méthode la plus simple, la plus rapide et la moins douloureuse de faire baisser le coût du travail sur le territoire français.

    Une décision concertée de suspension de la monnaie unique est donc la meilleure solution. Elle répond aux interrogations quant à l’avenir de l’Union européenne que suscite le délitement de la zone euro, et qui font craindre le retour aux égoïsmes nationaux. Elle permettrait en effet de présenter cette décision comme une décision européenne et non comme un retour à des politiques nationalistes et éviterait une dissolution progressive et désordonnée de la zone qui devient désormais une réelle possibilité. Déjà, nous voyons les crispations identitaires, produites par la montée du chômage et l’appauvrissement généralisé, se développer dans de nombreux pays. L’euro est en train de tuer l’Europe.

    Une décision coordonnée permettrait de définir des niveaux de dévaluation et de se doter des mécanismes susceptibles de contrôler les mouvements de ces nouvelles parités.

    Les dirigeants français ont communié depuis des années dans la religion de l’euro. On comprend que changer de politique soit difficile. Mais ils doivent comprendre que ce qui nous attend, tant en France qu’en Europe, sera incommensurablement plus pénible, et aura de tragiques répercussions, s’ils ne prennent pas cette décision. Gouverner, c’est choisir.

    Jacques Sapir, directeur d’études à l’EHESS-Paris, directeur du CEMI-EHESS

  • Le FMI félicite l’Islande pour son bras d’honneur aux banquiers

    Toute honte bue, l’économiste en charge de l’Islande au FMI admet que les insulaires ont fait le bon choix en refusant d’appliquer les cures d’austérité habituellement prescrites par les équipes de Christine Lagarde…

     

    Décodé, le style télégraphique du titre de l’article du 13 août de businessweek.com est éloquent : « Le FMI déclare que le plan de sauvetage à la manière Islandaise fournit des leçons pour les temps de crise ».

     

    L’article fait référence à l’interview récemment accordée à Bloomberg par la charmante Daria Zakharova, chef de la mission économique en charge de l’Islande au sein du FMI, qui tire les enseignements du « surprenant et puissant rétablissement » de sa « protégée ».

     

    Maniant une langue de bois bien compréhensible compte tenu du contexte déjà évoqué par Bakchich à 2 reprises, Zakharova a bien sûr omis de rappeler à son interlocuteur, le sort un brin expéditif réservé par les autorités locales, aux banksters locaux à l’origine du naufrage du pays.

     

    Au lieu d’évoquer explicitement le refus islandais de protéger les créanciers de ses banques, sujet forcément touchy pour un fonctionnaire international,  elle s’est bornée à souligner « que l’Islande a fait des progrès considérables depuis la crise. Nous avons des perspectives très positives en matière de croissance, particulièrement pour cette année et l’année prochaine puisqu’elle nous paraît reposer sur une base large et solide ».

     

    C’est vrai qu’avec un taux de croissance de 2,4% attendu cette année, le pays va faire des jaloux au sein de la zone Euro où l’on espère, en serrant les fesses, que la décroissance n’excédera pas 0,3% pour la même période. De notre côté on compte beaucoup sur la prime de rentrée scolaire et ses effets forcément multiplicateurs sur la croissance tricolore…

    La suite ici : http://www.bakchich.info/international/2012/08/27/le-fmi-felicite-lislande-pour-son-bras-dhonneur-aux-banquiers-61619

     

  • Paul Krugman fait un sort à l’euro

    Outre une dénonciation du fondamentalisme de marché et des politiques d’austérité, Paul Krugman consacre un plein chapitre à la situation de la zone euro. Cet opposant de la première heure à l’unification monétaire européenne ne mache pas ses mots contre la monnaie unique.
    « Le problème d’une seule monnaie »
    Bien sûr, Paul Krugman dénonce les politiques d’austérité menées en Europe, affirmant même que « l’Europe semble prendre la tête dans la course vers le désastre (par rapport aux Etats-Unis) », mais le prix Nobel d’économie apporte aussi de l’eau au moulin aux critiques de la monnaie unique européenne : « il y a des avantages significatifs à avoir sa propre monnaie, (…) avec la dévaluation qui peut parfois faciliter l’ajustement à une crise économique ».
    Il prend l’exemple de l’Espagne : avec l’euro, sa seule solution est de faire baisser les salaires alors que si le pays avait conservé la peseta, il lui suffirait de dévaluer pour retrouver sa compétitivité. Il compare les dévaluations au changement d’heure en soulignant qu’il est beaucoup plus facile de passer à l’heure d’été plutôt que de demander à tout le monde de venir une heure plus tôt pendant cette période. En outre, la monnaie unique représente « une perte de flexibilité problématique en cas de choc asymétrique, comme l’éclatement d’une bulle immobilière dans un pays ».
    Il souligne également que les conditions d’une Zone Monétaire Optimale ne sont pas remplies dans la zone euro : les travailleurs ne sont pas mobiles, et il n’y a pas de solidarité fiscale. Il prend l’exemple du Nevada et de l’Irlande en soulignant que le premier a vu sa crise amortie par l’intervention de l’Etat quand l’Irlande est laissée à son triste sort. Il souligne que la plupart des économistes étasuniens étaient sceptiques à l’égard de l’euro, du fait de ces deux carences majeures, comme l’a bien expliqué Craig Willy sur le très recommandable blog La théorie du tout.
    L’euro responsable de la crise

    La crise que nous traversons a au moins tordu le cou à l’argument stupide selon lequel la monnaie unique nous aurait protégé. Paul Krugman va plus loin et fait de la monnaie unique une cause de la crise en Europe. Il souligne que l’unification monétaire a eu un mauvais effet sur les marchés : « avec l’euro, les investisseurs se sont sentis rassurés pour mettre leur argent dans des pays qu’ils considéraient avant comme risqués ». Cette forte baisse des taux dans les pays de la périphérie a provoqué une énorme bulle, financée notamment par les banques allemandes.

    Cette bulle a permis une forte hausse des salaires qui a fait perdre leur compétitivité à ces pays, dont les déficits se sont envolés. Paul Krugman reprend des graphes qu’affectionnent Jacques Sapir pour montrer que les balances commerciales étaient relativement équilibrées au tournant du siècle et l’énorme divergence qui a suivi. Il soutient ainsi que : « la crise financière aux Etats-Unis a provoqué le désastre mais il aurait eu lieu de toutes les façons ». Bref, la crise de 2008 n’a été que le révélateur des déséquilibres profonds de la zone euro, qui devaient tôt ou tard apparaître.
    Pour Paul Krugman, la crise de l’euro n’est pas la conséquence de l’irresponsabilité budgétaire de quelques pays : même pour la Grèce, « l’histoire est plus compliquée que cela ». Il souligne que les pays de la périphérie se désendettaient avant la crise, que l’Espagne était citée en modèle pour toute l’Europe. Pour lui, « l’Europe n’est pas un ensemble. C’est une collection de nations qui ont leur propre budget (du fait de la faible intégration fiscale) et leurs propres marchés du travail (parce que la mobilité du travail est basse) mais qui n’ont pas leur propre monnaie. Et cela créé une crise ».
    L’impasse européenne
    Il souligne que la situation pourrait s’améliorer si l’Allemagne laissait ses salaires filer et que la BCE menait une politique plus accommodante, mais « les Allemands détestent, mais alors détestent, l’inflation » et que la seule solution est alors une baisse des salaires dans les pays en crise, mais que cela est très difficile. Même l’Irlande n’est parvenue à faire baisser le coût du travail que de 4% malgré un taux de chômage de 14%. Il pointe le cas de l’Islande pour montrer qu’il est « beaucoup plus facile de baisser le niveau des salaires et des prix en dévaluant simplement sa monnaie ».
    En outre, il soutient que les pays auxquels on demande de baisser leur coût du travail sont souvent ceux qui ont connu les plus fortes bulles financières et que les politiques d’austérité les plongent dans une dépression brutale. Ils ne peuvent pas sortir de la crise par le haut (croissance et un peu d’inflation). Pire, comme ils n’ont plus leur propre monnaie, ils sont à la merci de mouvements de panique auto-réalisateurs des marchés où la peur du défaut provoque le défaut.
    Il reprend sa comparaison entre l’Espagne et la Grande-Bretagne pour montrer qu’avoir une banque centrale protège un pays des risques de liquidités puisque cette dernière peut monétiser. Du coup, il soutient qu’il y a « une pénalité pour les pays qui font partie de l’euro ». L’euro est un fardeau, et non pas un bouclier… Il souligne que la Suède, qui a gardé sa monnaie, se porte mieux que le Danemark, qui a lié sa monnaie à l’euro, qui se porte mieux que la Finlande, qui est dans l’euro…
    Il condamne la politique de la BCE, qui avait trouve le moyen de monter ses taux en 2011, à contre-temps. Il conclut en affirmant que les « eurosceptiques, qui avaient prévenu que l’Europe n’était pas adaptée à une monnaie unique, ont donc eu raison ». Mais, curieusement, il n’appelle pas à démonter l’euro, proposant plutôt la BCE à acheter la dette des pays en difficulté (sans en préciser les modalités) et à l’Allemagne de faire un grand plan de relance et de hausses de ses salaires.
    Il est assez surprenant qu’après cette explication détaillée des raisons pour lesquelles non seulement l’euro ne peut pas marcher mais aussi en quoi il provoque la crise européenne, Paul Krugman ne propose pas de le démonter. En revanche, il ne semble pas coinvaincu par les autres issues.
    Source : Paul Krugman, « End this depression now ! », éditions Norton, « Pour en finir dès maintenant avec la crise », éditions Flammarion, sortie le 5 septembre, traduction personnelle
  • Liborgate : le scandale du siècle sur 350000 milliards de $ de produits financiers [BFM]

     

    Plus d’infos – http://lejournaldusiecle.com/2012/07/12/liborgate-le-scandale-du-siecle-sur-350000-milliards-de-de-produits-financiers/

    Qu’est-ce que le Libor ?

    Le Libor est le taux interbancaire de référence sur le marché londonien, c’est-à-dire la moyenne des prix que les banques déclarent être prêtes à payer pour emprunter à différentes maturités. Seize banques participent chaque jour à la fixation du Libor à Londres. Elles remettent ensuite un rapport sur leur estimation du taux adéquat à la British Banking Association (BBA), l’association des banquiers britanniques. Sur la base de cet échantillon, la BBA fixe alors un taux moyen publié quotidiennement en fin de matinée.

    A quoi sert le LIBOR et comment un simple citoyen est concerné par ce taux ?

    En plus d’être une référence statistique qui peut être utilisée par des chercheurs dans une fac d’éco ou repris par un gouvernement ou un banque centrale et influencer des politiques économiques ou surtout monétaires, l’intérêt principal de ce produit est de servir de base de calcul pour de très nombreuses opérations financières – le chiffre de 350.000 ou 360.000 milliards de dollars, soit 5 fois le PIB du monde, est souvent repris – y compris hors de la place de Londres. La mâtiné d’un comptable finit souvent par la consultation du Libor qui sert au calcul des échéance de nombreux emprunts bancaires. Cela touche les grosses entreprises mais aussi les petites.

    Quel est le scandale ?

    Plusieurs fleurons de la finance mondiale sont soupçonnés d’avoir manipulé les cours du Libor, ainsi que ceux de l’Euribor, le taux de référence pour la zone euro. Selon les justices britanniques et américaines, ces établissements auraient déclaré des taux inférieurs à ceux auxquels ils empruntaient réellement afin de masquer leurs difficultés. Pire, à la Barclays et sans doute ailleurs, les traders auraient influé sur le taux déclaré pour faciliter leurs opérations, contrairement au principe de séparation des activités au sein des établissements.

    Pourquoi manipuler le Libor ?

    Puisque le marché des produits financiers adossés au Libor se monte à 350.000 milliards, toute erreur (rires !) ou manipulation de 0,01% représentent 36 milliards sur une année. Cela ne signifie pas que 36 milliards passent d’une poche à une autre car toute les banques de marché sont à la fois courtes et longues sur des produits basés sur le Libor, il y a une sorte de compensation mais pas totale sinon il n’y aurait pas de fraudes. Sauf que depuis que la crise financière est passée par là et que l’impératif d’accumuler des bénéfices à court terme s’est fait plus pressant pour les banques quitte à violer la loi. Puisque les banques prêtent moins, ce n’est pas avez les marges faites sur les nouveaux prêts qu’elles vont pouvoir continuer à faire des bénéfices, par contre faire plus de profits sur des prêts passés est l’idéal car le client est l’otage de la banque (sa seule solution pour y échapper est de faire faillite).

    Quelles banques sont concernées ?

    Au premier chef, Barclays, dont le président, le directeur général et le directeur des opérations ont dû démissionner face au scandale. La banque s’était préalablement acquittée de 360 millions d’euros d’amendes au Royaume-Uni et aux Etats-Unis pour éviter les poursuites. La Royal Bank of Scotland (RBS) est également dans l’oeil du viseur. L’enquête prend une dimension mondiale, avec des investigations dans l’Union européenne, au Japon et en Suisse. La Société générale, UBS, la Deutsche Bank, HSBC, notamment, sont cités dans l’un ou l’autre des dossiers.

  • Dennis Meadows : « Nous n’avons pas mis fin à la croissance, la nature va s’en charger »

    En 1972, dans un rapport commandé par le Club de Rome, des chercheurs de l’Institut de technologie du Massachusetts (MIT) publient un rapport intitulé « Les limites de la croissance ». Leur idée est simple : la croissance infinie dans un monde aux ressources limitées est impossible. Aussi, si les hommes ne mettent pas fin à leur quête de croissance eux-mêmes, la nature le fera-t-elle pour eux, sans prendre de gants.

    En 2004, le texte est, pour la deuxième fois, remis à jour. Sa version française vient – enfin – d’être publiée aux éditions Rue de l’échiquier. En visite à Paris pour présenter l’ouvrage, Dennis Meadows, l’un des auteurs principaux, revient sur la pertinence de projections vieilles de quarante ans et commente la crise de la zone euro, la raréfaction des ressources et le changement climatique, premiers symptômes, selon lui, d’un effondrement du système.

    Terra eco : Vous avez écrit votre premier livre en 1972. Aujourd’hui la troisième édition – parue en 2004 – vient d’être traduite en français. Pourquoi, selon vous, votre livre est encore d’actualité ?

    Dennis Meadows : A l’époque, on disait qu’on avait encore devant nous quarante ans de croissance globale. C’est ce que montrait notre scénario. Nous disions aussi que si nous ne changions rien, le système allait s’effondrer. Pourtant, dans les années 1970, la plupart des gens estimait que la croissance ne s’arrêterait jamais.

    C’est aujourd’hui que nous entrons dans cette période d’arrêt de la croissance. Tous les signes le montrent. Le changement climatique, la dislocation de la zone euro, la pénurie d’essence, les problèmes alimentaires sont les symptômes d’un système qui s’arrête. C’est crucial de comprendre qu’il ne s’agit pas de problèmes mais bien de symptômes. Si vous avez un cancer, vous pouvez avoir mal à la tête ou de la fièvre mais vous ne vous imaginez pas que si vous prenez de l’aspirine pour éliminer la fièvre, le cancer disparaîtra. Les gens traitent ces questions comme s’il s’agissait de problèmes qu’il suffit de résoudre pour que tout aille bien. Mais en réalité, si vous résolvez le problème à un endroit, la pression va se déplacer ailleurs. Et le changement ne passera pas par la technologie mais par des modifications sociales et culturelles.

    Comment amorcer ce changement ?

    Il faut changer notre manière de mesurer les valeurs. Il faut par exemple distinguer la croissance physique et de la croissance non physique, c’est-à-dire la croissance quantitative et la croissance qualitative. Quand vous avez un enfant, vous vous réjouissez, au départ, qu’il grandisse et se développe physiquement. Mais si à l’âge de 18 ou 20 ans il continuait à grandir, vous vous inquiéteriez et vous le cacheriez. Quand sa croissance physique est terminée, vous voulez en fait de la croissance qualitative. Vous voulez qu’il se développe intellectuellement, culturellement.

    Malheureusement, les hommes politiques n’agissent pas comme s’ils comprenaient la différence entre croissance quantitative et qualitative, celle qui passerait par l’amélioration du système éducatif, la création de meilleurs médias, de clubs pour que les gens se rencontrent… Ils poussent automatiquement le bouton de la croissance quantitative. C’est pourtant un mythe de croire que celle-ci va résoudre le problème de la zone euro, de la pauvreté, de l’environnement… La croissance physique ne fait aucune de ces choses-là.

    Pourquoi les hommes politiques s’entêtent-ils dans cette voie ?

    Vous buvez du café ? Et pourtant vous savez que ce n’est pas bon pour vous. Mais vous persistez parce que vous avez une addiction au café. Les politiques sont accros à la croissance. L’addiction, c’est faire quelque chose de dommageable mais qui fait apparaître les choses sous un jour meilleur à courte échéance. La croissance, les pesticides, les énergies fossiles, l’énergie bon marché, nous sommes accros à tout cela. Pourtant, nous savons que c’est mauvais, et la plupart des hommes politiques aussi.

    Ils continuent néanmoins à dire que la croissance va résoudre la crise. Vous pensez qu’ils ne croient pas en ce qu’ils disent ?

    Prenons l’exemple des actions en Bourse. Auparavant, on achetait des parts dans une compagnie parce qu’on pensait que c’était une bonne entreprise, qu’elle allait grandir et faire du profit. Maintenant, on le fait parce qu’on pense que d’autres personnes vont le penser et qu’on pourra revendre plus tard ces actions et faire une plus-value. Je pense que les politiciens sont un peu comme ça. Ils ne pensent pas vraiment que cette chose appelée croissance va résoudre le problème mais ils croient que le reste des gens le pensent. Les Japonais ont un dicton qui dit : « Si votre seul outil est un marteau, tout ressemble à un clou. »Si vous allez voir un chirurgien avec un problème, il va vous répondre « chirurgie », un psychiatre « psychanalyse », un économiste « croissance ». Ce sont les seuls outils dont ils disposent. Les gens veulent être utiles, ils ont un outil, ils imaginent donc que leur outil est utile.

    Pensez-vous que pour changer ce genre de comportements, utiliser de nouveaux indicateurs de développement est une bonne manière de procéder ?

    Oui, ça pourrait être utile. Mais est-ce ça qui résoudra le problème ? Non.

    Mais qu’est-ce qui résoudra le problème alors ?

    Rien. La plupart des problèmes, nous ne les résolvons pas. Nous n’avons pas résolu le problème des guerres, nous n’avons pas résolu le problème de la démographie. En revanche, le problème se résoudra de lui-même parce que vous ne pouvez pas avoir une croissance physique infinie sur une planète finie. Donc la croissance va s’arrêter. Les crises et les catastrophes sont des moyens pour la nature de stopper la croissance. Nous aurions pu l’arrêter avant, nous ne l’avons pas fait donc la nature va s’en charger. Le changement climatique est un bon moyen de stopper la croissance. La rareté des ressources est un autre bon moyen. La pénurie de nourriture aussi. Quand je dis « bon », je ne veux pas dire bon éthiquement ou moralement mais efficace. Ça marchera.

    Mais y-a-t-il une place pour l’action ? La nature va-t-elle corriger les choses de toute façon ?

    En 1972, nous étions en dessous de la capacité maximum de la Terre à supporter nos activités, à 85% environ. Aujourd’hui, nous sommes à 150%. Quand vous êtes en dessous du seuil critique, c’est une chose de stopper les choses. Quand vous êtes au-delà, c’en est une autre de revenir en arrière. Donc oui, la nature va corriger les choses. Malgré tout, à chaque moment, vous pouvez rendre les choses meilleures qu’elles n’auraient été autrement. Nous n’avons plus la possibilité d’éviter le changement climatique mais nous pouvons l’atténuer en agissant maintenant. En réduisant les émissions de CO2, l’utilisation d’énergie fossile dans le secteur agricole, en créant des voitures plus efficientes… Ces choses ne résoudront pas le problème mais il y a de gros et de petits effondrements. Je préfère les petits.

    Vous parlez souvent de « résilience ». De quoi s’agit-il exactement ?

    La résilience est un moyen de construire le système pour que, lorsque les chocs arrivent, vous puissiez continuer à fonctionner, vous ne vous effondriez pas complètement. J’ai déjà pensé à six manières d’améliorer la résilience. La première est de construire « des tampons ». Par exemple, vous faites un stock de nourriture dans votre cave : du riz, du lait en poudre, des bocaux de beurre de cacahuète… En cas de pénurie de nourriture, vous pouvez tenir plusieurs semaines. A l’échelle d’un pays, c’est par exemple l’Autriche qui construit de plus gros réservoirs au cas où la Russie fermerait l’approvisionnement en gaz. Deuxième chose : l’efficacité. Vous obtenez plus avec moins d’énergie, c’est ce qui se passe avec une voiture hybride par exemple… ou bien vous choisissez de discuter dans un café avec des amis plutôt que de faire une balade en voiture. En terme de quantité de bonheur par gallon d’essence dépensé, c’est plus efficace. Troisième chose : ériger des barrières pour protéger des chocs. Ce sont les digues à Fukushima par exemple. Quatrième outil : le « réseautage » qui vous rend moins dépendant des marchés. Au lieu d’employer une baby-sitter, vous demandez à votre voisin de garder vos enfants et en échange vous vous occupez de sa plomberie. Il y a aussi la surveillance qui permet d’avoir une meilleure information sur ce qu’il se passe. Enfin, la redondance qui consiste à élaborer deux systèmes pour remplir la même fonction, pour être prêt le jour où l’un des deux systèmes aura une faille. Ces six méthodes accroissent la résilience. Mais la résilience coûte de l’argent et ne donne pas de résultats immédiats. C’est pour cela que nous ne le faisons pas.

    Si l’on en croit un schéma de votre livre, nous sommes presque arrivés au point d’effondrement. Et nous entrons aujourd’hui, selon vous, dans une période très périlleuse…

    Je pense que nous allons voir plus de changement dans les vingt ans à venir que dans les cent dernières années. Il y aura des changements sociaux, économiques et politiques. Soyons clairs, la démocratie en Europe est menacée. Le chaos de la zone euro a le potentiel de mettre au pouvoir des régimes autoritaires.

    Pourquoi ?

    L’humanité obéit à une loi fondamentale : si les gens doivent choisir entre l’ordre et la liberté, ils choisissent l’ordre. C’est un fait qui n’arrête pas de se répéter dans l’histoire. L’Europe entre dans une période de désordre qui va mécontenter certaines personnes. Et vous allez avoir des gens qui vont vous dire : « Je peux garantir l’ordre, si vous me donnez le pouvoir. » L’extrémisme est une solution de court terme aux problèmes. Un des grands présidents des Etats-Unis a dit : « Le prix de la liberté est la vigilance éternelle. » Si on ne fait pas attention, si on prend la liberté pour acquise, on la perd.

     

    Source : http://www.terraeco.net/Dennis-Meadows-Nous-n-avons-pas,44114

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